Un vigneron engagé pour une viticulture biodynamique à Targon
Installé à Targon sur un domaine converti à la biodynamie depuis 2017, Olivier Marcou, propriétaire du château de Bayle, incarne une approche viticole fondée sur le profond respect de la terre. Cet ancien professionnel du bâtiment, qui s'est établi dans l'Entre-deux-Mers en 2021, représente le Sud-Gironde aux Rencontres Demeter les 20 et 21 avril à Mérignac, un événement majeur dédié à la filière biodynamique.
Un contraste saisissant dans les vignes
Le constat est immédiat et frappant. Au cœur des allées de vignes d'Olivier Marcou, l'herbe et les plantes sauvages prospèrent, atteignant parfois les chevilles. En revanche, sur les parcelles voisines cultivées en conventionnel, ces mêmes allées apparaissent jaunies et nettement moins fournies. « Certains brûlent tout », observe discrètement le viticulteur. Il a repris le château de Bayle, une petite exploitation d'environ 8 hectares, après plusieurs années en fermage, poursuivant ainsi la conversion biodynamique initiée en 2017.
Les principes fondamentaux de la biodynamie
« L'idée, c'est de ne pas trop perturber le sol en le laissant évoluer naturellement », détaille Olivier Marcou. « Ensuite, on travaille simplement le fruit, sans y ajouter de produits chimiques. » Ici, point de pesticides ou de traitements phytosanitaires agressifs. Le vigneron utilise plutôt des préparations naturelles comme des tisanes de prêle ou d'ortie pour renforcer la vigne, voire de l'arnica après un épisode de grêle. « On n'a rien inventé. Beaucoup de mes clients me disent : ‘Vous faites comme faisait mon grand-père’ », souligne-t-il avec conviction.
Autonomie et rendements raisonnés
« Évidemment, on ne peut pas obtenir les mêmes rendements que dans le conventionnel », reconnaît le vigneron de 56 ans, qui commercialise actuellement environ 5 000 bouteilles par an. Ses parcelles produisent 17 hectolitres par hectare, un chiffre bien inférieur à la moyenne nationale estimée à environ 57 hectolitres par hectare. Cette démarche s'inscrit résolument dans une logique de respect de l'environnement et des terres.
Pour atteindre une autonomie totale, Olivier Marcou a investi dans des panneaux photovoltaïques, lui permettant de produire sa propre électricité. Dans ses rangs, pas de tracteur, mais un troupeau de huit robots de tonte fonctionnant 16 heures par jour. Ces machines entretiennent les allées tout en préservant une partie de la biodiversité, essentielle au développement sain de la vigne. « C'est un investissement de 50 000 euros, moitié moins qu'un tracteur », justifie le propriétaire. « Il faut être cohérent dans ce que l'on propose, de la vigne jusqu'au vin. »
Diversification et qualité des vins
Au-delà de l'aspect environnemental, la biodynamie offre, selon ses adeptes, une plus grande liberté dans l'élaboration du vin. « Cela permet de conserver des équilibres dans le raisin, notamment le côté juteux, et de préserver le caractère authentique du fruit », explique Mathieu Huguet, œnologue collaborant avec le château de Bayle. « On retrouve des vins de qualité, avec des finales vibrantes, et des produits plus en phase avec notre époque. »
Pour enrichir sa création, Olivier Marcou travaille exclusivement sur des cuvées parcellaires, « ce qui ouvre davantage de possibilités ». Il explore également diverses méthodes d'élevage : barriques neuves ou de récupération, cuves en inox, amphores... « Chaque support donne une empreinte unique au vin et raconte une histoire différente », précise le vigneron.
Diversification face aux défis économiques
Malgré ces initiatives innovantes, la viticulture biodynamique n'échappe pas à la crise qui frappe le secteur. Après près de cinq ans à la tête du domaine, Olivier Marcou ne parvient pas encore à en vivre complètement. Pour améliorer sa rentabilité, il diversifie ses activités : conversion d'une parcelle en oliveraie et projet d'ouverture d'un gîte sur le domaine. « Les gens consomment moins qu'avant, c'est une certitude. J'espère tout de même qu'ils consomment mieux », relativise le vigneron, qui souhaite sensibiliser les amateurs à une viticulture plus responsable.
Les Rencontres Demeter : un événement fédérateur
Le label Demeter, référence de l'agriculture biodynamique, organise la deuxième édition de ses Rencontres les 20 et 21 avril au château Luchey-Halde à Mérignac. Cet événement rassemblera pendant deux jours des acteurs, vignerons et producteurs biodynamiques venus de toute la France. Au programme : dégustations, débats et ateliers consacrés aux pratiques agricoles durables. Outre le château de Bayle, d'autres domaines sud-girondins seront présents :
- Le château des Rochers à Preignac
- Le Château Ferrand à Martillac
- Les Vignobles famille Cassy Laurent à Morizès
- Le château Haut-Rian à Rions
Cette manifestation souligne l'engagement croissant d'une filière déterminée à concilier excellence viticole et respect de l'environnement.



