Sud-Aveyron : une agriculture exemplaire et sobre en eau prend forme
Sud-Aveyron : agriculture exemplaire sobre en eau

Une agriculture exemplaire et sobre en eau dans le Sud-Aveyron

Menacée par des bouleversements environnementaux, l’arboriculture du Sud-Aveyron doit s’adapter et mener à bien sa transition vers une approche plus vertueuse, en adoptant des méthodes agroécologiques. La Vallée Verte, cœur du Parc naturel régional des Grands Causses, mise sur une agriculture durable pour concilier eau, paysage et production. Entre vergers expérimentaux et coopération locale, ce territoire de 157 km² devient un laboratoire concret de transition écologique.

Claire Chauffour-Rouillard, préfète de l’Aveyron, et Juliette Beregi, sous-préfète de Millau, ont sillonné mercredi la Vallée Verte. Leur visite, centrée sur le projet emblématique de cette unité paysagère, visait à saluer l’initiative locale qui concilie préservation des paysages, adaptation agricole et gestion sobre de l’eau. Fruit d’une démarche partenariale chapeautée par le Parc naturel régional des Grands Causses, le Plan paysage de la Vallée Verte trace la voie vers une qualité paysagère préservée, tout en intégrant les enjeux économiques et écologiques. « Le paysage est un bien commun, une ressource à valoriser », rappelle-t-on au Parc, dont la vision se structure désormais autour de 33 actions.

Le verger expérimental de Pinet

Parmi ces actions, l’adaptation de la production de cerises aux contraintes environnementales se matérialise avec le verger expérimental de Pinet. Là, sur les rives du Tarn, l’étude des sols et de la gestion de l’eau participe d’une nouvelle vision de l’arboriculture sud-aveyronnaise. Pas de méga-bassines, mais des réserves d’eau à l’échelle parcellaire, alimentées par les sources en hiver, et des couverts végétaux pour limiter l’évaporation et restaurer la matière organique des sols. « C’est ultra-raisonné, et surtout, ça s’inscrit dans une logique de long terme », explique Fabien Daunas, chargé de mission aménagement et paysage au PNR.

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Lutte raisonnée contre la mouche Suzukii

Confrontés aux dérèglements climatiques et à l’appétit vorace de la mouche Suzukii, les arboriculteurs du programme Dephy testent une nouvelle organisation des plantations susceptible d’accueillir des filets de protection contre la drosophile. Ce dispositif présente aussi l’avantage de diminuer drastiquement le recours aux intrants. « Cette année, on a divisé par six l’indice de fréquence de traitement (IFT) », résume Nathalie Raitière, ingénieure réseau DEPHY arboriculture. « Avec les filets, zéro cerise piquée, alors que la pression était forte. » Plus loin, la dizaine d’arboriculteurs impliqués teste aussi de nouvelles variétés, d’autres espèces – amandiers, pistachiers, oliviers – tout en cherchant à adapter les cultures à un environnement de plus en plus imprévisible. Au cœur des préoccupations, la sobriété en eau en est la démonstration.

« C’est exemplaire »

Une approche qui a séduit la préfète. « C’est exemplaire. Ces pratiques allient adaptation au changement climatique et agriculture durable. Il faut les accompagner et les valoriser », promet Claire Chauffour-Rouillard. Mais ce qui frappe dans cette Vallée Verte qui accompagne les méandres du Tarn, c’est aussi la dimension collective du projet. « Avant, les producteurs ne se parlaient pas. Aujourd’hui, ils échangent, mutualisent, innovent », observe Fabien Daunas. Le territoire s’affirme comme un modèle de transition écologique réussie, où l’innovation naît du terrain. « On a la chance d’avoir un territoire à taille humaine, où tout le monde se connaît », explique Nathalie Raitière. « Ici, on passe de la théorie à la pratique en un temps record. »

Soutenus par l’Inrae, institut de recherche public, les arboriculteurs savent les défis encore nombreux. « Il faut que le consommateur soit prêt à payer un peu plus cher pour un produit de qualité », souligne la préfète, qui, face aux investissements, se dit prête à accompagner les producteurs. Comptez 40 000 € l’hectare pour l’installation de filets sur les cerisiers. Loin d’être anecdotique, ce coût explique pourquoi seuls deux hectares sont aujourd’hui équipés. L’objectif est de quintupler cette surface à courte échéance.

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« Une nouvelle aventure »

Près de dix ans après ses premières lignes, le plan paysage de la Vallée Verte poursuit sa route, entre expérimentations et mise en valeur du patrimoine. « Certaines actions, comme la restauration des terrasses de pierre sèche, prendront du temps, admet Fabien Daunas. Mais d’autres, comme la réduction des intrants ou la gestion de l’eau, montrent déjà des résultats. » Claire Chauffour-Rouillard a souhaité rappeler que « l’agriculture de demain se construit aujourd’hui, par l’expérimentation, la coopération et le respect du territoire. Nous parlons ici d’un projet vertueux, participatif, et surtout, porteur d’espoir. C’est aussi ça, la France de demain. » Promise à un déclin certain après des décennies bien plus fastes, c’est ici « le début d’une nouvelle aventure » pour la cerise, sourit Nathalie Raitière. « Aujourd’hui, on sauve la cerise, et demain, peut-être qu’on inspirera d’autres territoires. »