Marie Bonneville, gardienne des semences paysannes à La Brigue, cultive la biodiversité
Marie Bonneville, semences paysannes et biodiversité à La Brigue

Marie Bonneville, une paysanne engagée pour la biodiversité cultivée

Native de la commune de La Brigue, fille d'éleveurs, Marie Bonneville s'est lancée dans l'aventure de la production de semences paysannes il y a seize ans en créant le Jardin Rocambole. Installée sur les terres familiales à Cianesse, à la sortie du village, elle a transformé son héritage agricole en un projet profondément ancré dans la préservation du vivant.

Le Jardin Rocambole : un outil de travail adapté à la montagne

Après une formation professionnelle en agriculture à Die dans la Drôme et un stage au Potager d'un curieux dans le Vaucluse, Marie Bonneville a tout construit de ses mains : les serres, l'aménagement des restanques, le système de captage d'eau. « Il fallait un vrai outil de travail qui corresponde à une zone de montagne où tout est plus compliqué », explique-t-elle. Son approche est certifiée Agriculture Biologique et s'inscrit dans une démarche de biodiversité cultivée.

Près de 150 variétés locales ressuscitées

Marie Bonneville a retrouvé et fait revivre des variétés locales oubliées. « Les anciens ont bien travaillé, reconnaît-elle humblement. Ils ont su sélectionner tout ce que nous mangeons ». Aujourd'hui, elle maintient près de 150 variétés de fleurs, vivaces et légumes potagers, dont certaines sont rares et fragiles. Sa production comprend :

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  • Des graines et plants potagers
  • Des légumes de saison : salades, tomates, aubergines, poivrons, courgettes, blettes, courges
  • Des produits destinés aux jardiniers, aux particuliers et aux restaurateurs gastronomiques

La vente des légumes en cagettes se fait sur Internet, et les restaurants du littoral apprécient particulièrement leurs saveurs naturelles et authentiques.

Une philosophie ancrée dans le vivant et la transmission

Marie Bonneville cultive « comme avant », à la bonne saison, sans pousser la croissance chimiquement. « Je me sens responsable de mes actes, de mes choix, de ce que je mets dans le sol pour nourrir les plantes. Tout est ajusté dans le respect de l'environnement et de la santé des consommateurs », affirme-t-elle. Sa devise : « Je prends et je donne pour les générations futures. C'est un cercle vertueux. »

Son approche utilise la biodynamie et suit le calendrier lunaire. « Il faut écouter la nature et faire ce qu'elle nous dit », insiste-t-elle, car les semences conservent un réservoir de richesse génétique indispensable pour l'avenir.

Co-présidente de la Maison des semences paysannes maralpines

Pour conforter son engagement, Marie Bonneville est co-présidente de la Maison des semences paysannes maralpines, qui vise à remettre en valeur les semences du territoire des Alpes-Maritimes. Elle fournit ainsi :

  1. Les agriculteurs de la région
  2. Les jardiniers amateurs
  3. Les particuliers soucieux de leur alimentation

Ses produits sont également disponibles dans des magasins bio du littoral.

Les défis du métier de paysan

Le travail de Marie Bonneville est exigeant : « du non-stop, 7 jours sur 7, parce que les plants sont très demandeurs de soin et nécessitent une attention quotidienne ». Début janvier commence le travail administratif, mi-février les premiers semis, pour des ventes à partir de mars. Mais l'angoisse face aux aléas climatiques et à la fréquentation aléatoire des clients plane constamment.

« La paysannerie est un métier non reconnu, dit-elle désappointée. Je suis en stress économique tous les ans. C'est l'angoisse de la faisabilité parce que je travaille avec du vivant. On ne maîtrise jamais complètement. » La tempête Alex et la période Covid ont été particulièrement difficiles, avec des glissements de terrain et deux années d'enclavement.

Elle appelle à « une véritable politique de soutien et de reconnaissance de la profession de paysan, pour éviter les fermetures en cas de difficultés ».

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Une passion plus forte que les difficultés

Malgré les défis, Marie Bonneville reste optimiste. « Je suis au bon endroit et fière de ce que je maintiens avec les valeurs que je défends. Je ne remets pas en question la véracité de travailler avec le vivant. » Elle guide vers une prise de conscience collective pour développer une autre façon de se nourrir, préservant à la fois la santé humaine et celle de la Terre.

Dans sa grande serre « construite en armature bois par des entreprises locales », elle affirme que si l'on est attentif, on peut entendre les graines germer et les plants pousser. Une métaphore de son engagement patient et persévérant pour les générations futures.