En 2019, Cyrielle Amand a quitté la région parisienne pour se lancer dans le maraîchage bio à Landrais, en Charente-Maritime. Aujourd'hui coprésidente du GAB17 (Groupement pour l'agriculture biologique), elle est également active sur les réseaux sociaux pour défendre ses convictions écologiques.
Une micro-ferme au cœur du hameau du Gué Charreau
Les habitants de Landrais et des environs ont la chance de pouvoir profiter des produits de la micro-ferme de Cyrielle Amand. Située au bout d'un petit chemin de terre, dans le hameau du Gué Charreau, cette exploitation d'un hectare abrite des légumes (tomates, choux, salades, petits pois, courges…), des fruits (fraises, melons, pastèques) et des fleurs. Cyrielle a également ajouté des poules pondeuses et des ruches pour produire du miel. Tout est cultivé en bio et à la main : elle plante, désherbe et entretient ses serres non chauffées sans aucun produit chimique.
Un jeudi matin ensoleillé, les fraises continuent de mûrir, les sauges fleurissent, les plants de tomates grimpent et les premiers petits pois sont prêts à être cueillis. « J'ai commencé toute seule, à l'ancienne. Il faut s'imaginer un potager géant de 10 000 mètres carrés », résume-t-elle.
Un parcours de reconversion professionnelle
Cyrielle Amand, 35 ans, est un véritable ouragan d'énergie. Après avoir travaillé dans le recrutement pour l'aéronautique et le ferroviaire, elle a décidé de tout plaquer en 2019 pour s'installer avec sa compagne à Landrais. « J'ai commencé par un petit potager, puis je suis allée faire un stage d'une semaine chez un maraîcher bio. Ça a été une révélation », raconte-t-elle. Elle a ensuite suivi une formation d'un an pour obtenir le brevet professionnel de responsable d'entreprise agricole, avant de trouver une terre disponible.
Un agriculteur local, sensible à son projet, lui a cédé un hectare et un hangar. Pendant deux ans, elle a tout créé : conversion du champ de maïs cultivé en conventionnel, creusement d'un forage, installation de 300 mètres de tuyaux enterrés, nettoyage du hangar, aménagement d'une boutique pour la vente directe, et bien sûr, plantations pour les futures récoltes.
Une néopaysanne assumée
Cinq ans plus tard, Cyrielle est devenue coprésidente du GAB17 avec Rosalie Texereau. Elle ne regrette rien. « Oui, c'est dur, on travaille dehors, sous la pluie. Deux serres se sont envolées en trois ans, il y a de quoi parfois être démoralisé. Mais je suis une fonceuse. Le maraîchage me canalise », confie-t-elle. Elle gagne un peu moins que le Smic, mais assure qu'elle en vit et que ses emprunts diminueront fortement dans deux ans. Elle emploie même une salariée à la saison.
Cyrielle assume pleinement son statut de « néopaysanne », parfois perçu avec scepticisme. « On a fait des études, d'autres boulots, on a développé un tas de compétences. Être à la tête d'une entreprise agricole, c'est aussi savoir faire de la plomberie, de l'électricité, de la planification, un budget prévisionnel », argumente-t-elle.
Un engagement sur les réseaux sociaux
Quand elle ne vend pas ses produits sur les marchés d'Aigrefeuille-d'Aunis (mercredis et samedis) ou lors de la vente directe à la ferme (vendredi de 16h30 à 18h30), Cyrielle partage les coulisses et ses coups de gueule sur les réseaux sociaux. « Il y a souvent une méconnaissance des consommateurs. Certains pensent qu'il suffit de regarder pousser une tomate ! C'est aussi une manière de toucher une audience plus large et de porter mes revendications politiques à titre personnel sur la défense du bio », explique-t-elle. Elle cherche à déconstruire l'image du bio : « Oui, le bio c'est plus cher. Mais la vraie question serait : pourquoi le reste est si bon marché ? »
Un guide bio tout frais
Le GAB17 renoue avec une tradition perdue depuis quelques années en publiant un guide du « manger bio et local ». Imprimé à 4 000 exemplaires, il recense les adresses de 115 maraîchers classés par territoire, des magasins bio et des associations de paniers bio. La brochure dresse également un état des lieux du bio en Charente-Maritime : en 2025, on compte 610 fermes (10 % des exploitations) et 19 283 hectares (6 % de la surface agricole départementale). Le guide est en cours de distribution auprès des agriculteurs, des magasins et des offices de tourisme.



