À Toulouse, les divisions de la gauche face aux réalités politiques
À Toulouse, on ne rassemble pas en renonçant à ce que l'on est. Il y a des matins où la réalité politique finit par dire ce que la politique d'appareil avait tenté de masquer. Les résultats du second tour à Toulouse l'ont montré avec une clarté implacable : une partie importante de l'électorat de gauche ne s'est pas reconnue dans cette construction artificielle.
La fusion des listes : une amnésie politique
Lundi 13 mars, la liste de gauche présentée aux municipales de Toulouse – soutenue par ceux qui affirmaient encore hier, avec force, refuser toute alliance avec La France insoumise – a finalement fusionné avec elle. À entendre certains commentaires, on pourrait croire à un événement inattendu. En réalité, cet accord n'a rien d'une surprise.
Lors des municipales de 2020, François Briançon et François Piquemal figuraient déjà ensemble sur la même liste au second tour, celle d'Archipel citoyen. À leurs côtés se trouvaient de nombreux candidats répartis au premier tour entre leurs deux équipes respectives. Et beaucoup de celles et ceux en position éligible de la liste de François Briançon étaient d'anciens adjoints de Pierre Cohen.
Membres du PS en 2014, ils incarnaient cette fois « la gauche unie » puisque certains avaient rejoint d'autres formations comme les Verts ou Générations. Au total, une vingtaine de candidats présents dans les listes de 2026 ont déjà été colistiers sur cette même liste municipale dès 2020. Dans ces conditions, la surprise affichée à l'annonce de la fusion des listes conduites par le PS et LFI relève moins d'une découverte que d'une forme d'amnésie politique.
Un engagement constant pour Toulouse
Toulouse est la ville de ma vie. J'y ai grandi, j'y ai étudié, j'y ai construit ma vie professionnelle, politique et familiale. Quand je parle de cette ville, je ne parle pas d'un territoire de campagne. Je parle d'un endroit dont je connais les rues, les quartiers, les contradictions, les promesses – et les habitants qui les font vivre chaque jour. C'est important de le dire, parce que dans ce qui va suivre, on pourrait chercher autre chose que ce qui est : un engagement simple, constant, et qui n'a jamais changé de cap.
En 2020, aux municipales de Toulouse, j'ai conduit une liste citoyenne – 71 candidats, dont une majorité faisait de la politique pour la première fois, venus d'horizons divers, tous attachés à leur ville. Au second tour, j'ai retiré ma candidature. Sans négocier de siège. Sans poser de condition. Pour que la gauche ait le terrain libre.
Toulouse a été la seule métropole de France à connaître un duel direct droite-gauche, sans triangulaire comme à Montpellier, Lyon, Lille, Nantes ou Paris – ou même quadrangulaire comme à Marseille. Certains m'en ont tout de même tenu rigueur. C'est ainsi.
Le choix solitaire de 2022
Lorsque le Parti socialiste a officialisé ses premiers accords avec La France insoumise au sein de la Nupes, j'ai quitté le parti. En 2024, le PS fait le choix de laisser toutes les circonscriptions toulousaines à LFI et a d'ailleurs permis l'élection de François Piquemal sous le sigle du Nouveau Front populaire (NFP).
J'ai donc quitté le parti au sein duquel j'ai occupé des fonctions de direction nationale (membre du bureau national) et locale en codirigeant la fédération de Haute-Garonne de 2008 à 2014. Pas dans un éclat, pas pour rejoindre un autre camp. Simplement parce que je ne pouvais pas, en conscience, cautionner une alliance avec LFI, avec un mouvement dont je ne partage pas la vision de l'économie, des libertés, de l'Europe, ni la manière de faire de la politique.
Ce choix a pu être incompris car je n'ai pas souhaité en faire publicité parce que, selon moi, la priorité politique n'était pas de parler de moi. Mais une conviction qui ne tient que par beau temps n'en est pas une. Je crois à une gauche qui assume l'industrie. Ici, l'aéronautique fait vivre des dizaines de milliers de familles. Je crois à l'Europe comme espace de souveraineté collective.
J'ai travaillé comme rapporteure au Comité européen des régions sur la COP30 – parce qu'en matière climatique toute inaction est criminelle – et sur le Fonds européen de compétitivité – parce que Toulouse, capitale aérospatiale, mérite des élus qui œuvrent concrètement à Bruxelles.
J'ai accompagné la création de l'Agence de développement économique Ad'Occ pour doter notre région d'un outil sérieux au service de ses entreprises et de ses territoires. J'ai mis une grande énergie dans le développement de la recherche et de l'enseignement supérieur car innovation et compétences sont les piliers de notre avenir. Tout cela n'est pas une ligne de CV. C'est la traduction concrète de ce que je crois.
Les pressions de 2025 et le renoncement
Le 14 février de cette année, j'ai annoncé ma candidature de femme de gauche, dont la priorité était de servir les Toulousains sans distinction avec une équipe engagée pour Toulouse et non au nom de partis de droite comme de gauche. J'y ai renoncé. Non par manque de conviction ou de vision pour notre Ville rose – dont je souhaite qu'elle prenne la place qui est la sienne : une grande métropole européenne, avec une qualité de vie partagée par tous ses habitants. Mais parce que des pressions sont venues pour que je m'efface au profit d'un candidat adoubé par l'appareil.
Ma volonté de m'engager exclusivement pour Toulouse a été immédiatement qualifiée « d'aventure personnelle » pour la condamner, alors qu'elle était bel et bien collective – simplement hors parti. C'est édifiant que, pour certaines personnes, refuser les intérêts partisans signifie être solitaire. Nous sommes pourtant nombreux à être engagés pour notre ville sans être adhérents d'un parti. La liberté inquiète parfois ceux qui préfèrent l'ordre des appareils à l'énergie des engagements citoyens.
Ces pressions n'étaient accompagnées d'aucun argument politique. Aucune divergence de fond n'a été formulée. On ne m'a pas convaincue. On a simplement considéré que je devais disparaître. Je ne le cache pas : la manière dont cela s'est produit a été pour moi une grande déception humaine. Elle m'a profondément éprouvée par sa violence politique. Mais cette épreuve n'a pas changé ce que je crois.
Toulouse mérite mieux que la politique d'appareil
La politique d'appareil a ses propres règles. Elles n'ont pas grand-chose à voir avec les convictions affichées ni avec l'intérêt des habitants. Elles ont à voir avec les équilibres internes, les stratégies de court terme et l'idée que l'espace politique est un territoire à contrôler plutôt qu'un bien commun à servir. Je ne dis pas cela avec amertume. Je le dis parce que je crois que les Toulousains méritent de comprendre ce qui se joue réellement derrière ces alliances aux municipales. Se tromper n'est pas une faute. Reproduire les mêmes erreurs en refusant d'en tirer les leçons en est une.
Toulouse mérite mieux qu'une gauche qui ne parvient pas à rassembler au-delà d'elle-même. Toulouse n'est pas pour moi un marchepied. Un engagement sincère, ancré dans cette ville, capable de défendre ses valeurs sans se renier : c'est possible. Cela est surtout nécessaire pour redonner confiance en la démocratie. La politique n'appartient pas aux appareils. Elle appartient aux citoyens. Et à Toulouse, cette histoire n'est pas terminée.
La prochaine étape ne peut pas être la répétition des mêmes schémas. Elle doit être la construction d'un chemin qui permette enfin de rassembler les Toulousains – tous les Toulousains – autour d'un projet crédible, exigeant et fidèle à ses valeurs. Et quoi qu'il advienne, je continuerai à défendre cette idée simple : en politique, la cohérence n'est pas une faiblesse. C'est une exigence.



