Gironde : les réunions publiques sur les pesticides cristallisent les tensions entre riverains et viticulteurs
Pesticides en Gironde : tensions entre riverains et viticulteurs

Gironde : l'étude Pestiriv met le feu aux poudres lors de réunions publiques sur les pesticides

Dans le sillage des conclusions alarmantes de l'étude Pestiriv, plusieurs réunions publiques ont été organisées en Gironde pour informer les habitants des risques liés aux pesticides. Ces rencontres, destinées à l'origine à ouvrir le dialogue, ont rapidement dégénéré en confrontations tendues, révélant une fracture profonde entre riverains inquiets et professionnels de la viticulture sur la défensive.

Une affluence record qui traduit l'angoisse des populations

Le 13 mars, la salle des mariages de la mairie de Saint-Macaire était comble. Plus une chaise libre. Les derniers arrivés se sont agglutinés contre les murs, formant une assemblée de près de 70 personnes venues écouter les représentants du collectif Alerte pesticides évoquer les effets délétères de la chimie agricole sur la santé des riverains. Cette affluence exceptionnelle reflète l'inquiétude palpable dans ce Sud-Gironde intensément viticole.

Une semaine auparavant, une réunion similaire avait connu un succès comparable à Plassac, dans le Blayais. Ces assemblées font suite à un premier rendez-vous organisé en décembre à Villenave-d'Ornon. « Les études sont faites, on a les informations. Maintenant, il faut agir. Enrayer le phénomène avant une catastrophe sanitaire », insiste Corinne Devaux, présidente de la FCPE de Gironde, qui s'implique activement depuis la publication des résultats de l'étude Pestiriv à l'automne.

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L'étude Pestiriv : des révélations qui bouleversent le débat

L'étude Pestiriv a démontré de manière scientifique la surexposition chronique des riverains situés à moins de 500 mètres des vignobles. Un chiffre particulièrement préoccupant : 135 écoles de Gironde se situent à moins de 50 mètres des parcelles traitées. « Qu'on arrête de mettre le couvercle sur la cocotte », résume avec force Corinne Devaux, soulignant l'urgence d'une prise de conscience collective.

Lors de ces réunions, des témoignages poignants ont émergé. Un père de famille a partagé son histoire déchirante : « La première parcelle est à 10 mètres de chez moi. Ma fille est atteinte d'autisme et d'une déficience intellectuelle importante. La grossesse s'est terminée en août. Je me souviens qu'il pleuvait, puis qu'il faisait beau. Dans les vignes, les traitements se répétaient ». Son récit a suscité une émotion palpable dans l'assistance.

Le corps médical tire la sonnette d'alarme

Un pédiatre de Langon a exprimé sa stupéfaction face au nombre anormalement élevé de malformations congénitales observées dans sa pratique. Une consœur de Saint-Pierre-d'Aurillac a dénoncé avec véhémence ce qu'elle qualifie de « schizophrénie de l'État ».

« On recommande aux femmes enceintes de ne pas manger dans du plastique, de consommer bio, de bannir les insecticides de la maison, etc. Mais il reste des choses dont on ne peut pas s'extraire. Notre environnement est dangereux pour les nourrissons, pour les enfants, pour les adolescents », a-t-elle martelé, avant d'appeler à inclure les viticulteurs dans la recherche de solutions, reconnaissant qu'eux aussi subissent une forme de culpabilisation.

Les viticulteurs sur la défensive face aux accusations

La profession viticole, mise en cause, a réagi avec une certaine amertume. « Les maisons se sont construites à côté des vignes », a rappelé un viticulteur, tentant de renverser la responsabilité. Une remarque qui a immédiatement provoqué une réaction vive dans l'assistance : « Et qui a vendu les terrains ? » lui a-t-on rétorqué à la cantonade.

Didier Cousiney, maire du Pian-sur-Garonne et président de Viti 33, s'est montré particulièrement agacé : « Des molécules sortent du marché, nous achetons des pulvérisateurs antidérives... Que faut-il faire ? Déplacer les écoles ? Tuer les viticulteurs ? ». Ses propos ont suscité la consternation générale. Il a ensuite évoqué les campagnes d'arrachage et le marasme économique du secteur, affirmant : « On ne peut plus porter les demandes sociétales ».

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Un dialogue qui tourne au dialogue de sourds

Un autre viticulteur a assuré avoir reculé ses vignes des habitations, tout en reconnaissant avec lucidité : « Mais c'est du pipeau, les études le montrent. Au mieux, cela améliore les relations de voisinage ». Pris à partie par des riverains excédés, il a quitté la salle en maugréant contre l'impossibilité de discuter avec ce qu'il a qualifié de « secte ». D'autres participants lui ont reproché de « tout pourrir ».

Ces échanges houleux illustrent cruellement l'étroitesse de la voie du dialogue. Alors que l'étude Pestiriv a fourni des données scientifiques incontestables sur les risques sanitaires, la recherche de solutions concrètes semble bloquée par des positions irréconciliables. Les réunions publiques, conçues comme des espaces d'échange, se transforment en arènes où s'affrontent deux visions du monde : celle des riverains soucieux de leur santé et celle des viticulteurs préoccupés par leur survie économique.

La situation en Gironde apparaît ainsi comme un microcosme des tensions nationales autour de la question des pesticides, où les impératifs sanitaires et environnementaux se heurtent frontalement aux réalités économiques et aux traditions agricoles. L'absence de perspectives communes laisse présager des confrontations futures encore plus vives, tant la pression sociale et médiatique ne fait que croître autour de cet enjeu de santé publique majeur.