Pesticides dans l'urine : des riverains de vignes en Gironde révèlent une surexposition alarmante
Pesticides dans l'urine : des riverains de vignes surexposés

Des analyses d'urine révèlent une surexposition aux pesticides chez des riverains de vignes en Gironde

Cinq résidents de Villenave-d'Ornon et Pessac ont partagé leurs résultats d'analyses d'urine, réalisées dans le cadre de l'étude nationale Pestiriv. Ces données mettent en lumière la présence de pesticides en quantités significativement plus élevées que dans les zones non viticoles. Tous ces individus habitent à moins de 500 mètres des parcelles de vigne, une proximité qui semble directement liée à leur exposition.

Des métabolites inquiétants dans l'organisme

Baptiste Delmas, un habitant de Villenave-d'Ornon, a découvert avec perplexité treize « marqueurs biologiques » dans ses échantillons. Parmi ceux-ci, sept dépassent la valeur médiane observée dans les régions sans culture viticole. « J'ai obtenu ces résultats bon an, mal an, parce que j'ai insisté. Ils arrivent sans explication. Forcément, ça m'inquiète. On se dit toujours que cela ne concerne que les autres. Là, c'est nous », confie-t-il. Lui et son fils, âgé de 4 ans au moment des prélèvements, font partie des 2 688 participants sélectionnés pour Pestiriv.

Publiée à l'automne 2025, cette étude menée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France a démontré une surexposition aux pesticides chez les riverains installés à moins de 500 mètres des vignes. Le journal « Sud Ouest » a eu accès aux données personnelles de cinq membres de l'échantillon, incluant deux enfants, offrant un aperçu concret de la situation.

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Fongicides et insecticides détectés en quantités élevées

Les cas examinés, valables pour la période de mars à août 2022, illustrent la pénétration des produits chimiques dans l'organisme. Baptiste Delmas, enseignant-chercheur, a collecté ses urines tous les deux jours pendant deux semaines durant les traitements. « Je suis un gars du coin. Les vignes ont toujours été à l'arrière-plan de ma vie. Je n'avais jamais réalisé à quel point », explique-t-il. Ses résultats montrent l'élimination de résidus de folpel, un fongicide anti-mildiou, et le placent parmi les 25 % des participants les plus imprégnés par le tébuconazole, le cuivre et les pyréthrinoïdes.

Les concentrations dans son corps sont trois à quatre fois supérieures à celles des zones non viticoles. Son fils, quant à lui, se classe parmi les 5 % d'enfants les plus exposés au tébuconazole, avec également des niveaux élevés de cuivre et de pyréthrinoïdes. « À 4 ans, évidemment qu'il joue dans le jardin, qu'il touche la terre », s'indigne le père.

Facteurs d'exposition multiples et impacts sanitaires

Le Dr Pierre-Michel Périnaud, président de l'association Alerte des médecins sur les pesticides, nuance ces résultats. « Ces enfants plus imprégnés par les pyréthrinoïdes vivent plus souvent dans des familles ayant utilisé des insecticides à usage domestique », précise-t-il. Cependant, il reconnaît que la proximité des vignes joue un rôle significatif.

Chez Stéphanie, une autre résidente de Villenave-d'Ornon, l'exposition aux fongicides est également marquée. Sa fille de 14 ans figure parmi les 10 % d'enfants les plus imprégnés par le tébuconazole, et la mère se situe dans le groupe des 25 % les plus exposés. « On a beau manger bio, Pestiriv montre à quel point nous restons tributaires de notre environnement », s'inquiète-t-elle.

Nicolas Lacoste, médecin vivant à 300 mètres des vignes de Pessac, appartient aux 25 % les plus imprégnés par plusieurs résidus de fongicides. « Je traverse les vignes à vélo pour aller travailler. On pourrait penser que je m'expose. Mais les concentrations dans les poussières de ma maison dépassent aussi la médiane », souligne-t-il, adoptant une attitude fataliste face aux risques de cancer.

Liens avec des pathologies graves

Bien que Pestiriv ne traite pas directement des effets sur la santé, d'autres études apportent des éclairages inquiétants. En 2023, l'Inserm a mis en évidence un lien entre l'étendue des vignes et le risque de leucémie chez l'enfant. Une expertise de 2021, basée sur 5 300 documents scientifiques, conclut à une « présomption forte » entre les pesticides et l'apparition de six pathologies chez les agriculteurs, dont le cancer de la prostate ou la maladie de Parkinson.

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Elle établit aussi un lien fort entre l'exposition durant la grossesse ou l'enfance et le risque de certains cancers, comme les leucémies. Les pyréthrinoïdes sont particulièrement pointés du doigt, avec des soupçons de troubles du comportement chez l'enfant.

Appel au dialogue et à la transparence

À Villenave-d'Ornon, Baptiste Delmas refuse de détourner le regard. Il a créé une carte en ligne pour illustrer la proximité des vignes et des écoles, et a porté le débat lors des élections municipales. « Pestiriv délie les langues. On ne veut pas être parano, mais c'est humain de s'inquiéter. Qu'on nous rassure », plaide-t-il. Il appelle à un dialogue constructif entre chercheurs, politiques et vignerons pour aborder ces enjeux sans créer de tensions inutiles.

Cette situation souligne l'urgence de mieux comprendre et réguler l'utilisation des pesticides près des zones habitées, afin de protéger la santé des populations riveraines.