Une ferme aquacole controversée en Gironde
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a clairement exprimé son opposition personnelle au projet d'élevage de saumons porté par l'entreprise Pure Salmon au Verdon-sur-Mer, en Gironde. Lors d'une audition au Sénat ce mercredi, elle a estimé que ce « projet industriel » ne repose pas sur « des fondements qui tiennent la route ».
Un projet qui ne correspond pas à la vision ministérielle
« Je me bats pour trouver des vrais projets d'aquaculture dans des rivières, au bord de nos côtes », a déclaré la ministre, avant d'ajouter : « mais ce n'est pas un projet d'aquaculture ». Elle précise qu'il s'agit de « cuves posées sur terre », une approche qu'elle ne considère pas comme de l'aquaculture traditionnelle.
Monique Barbut a développé ses critiques en soulignant les aspects énergétiques et environnementaux problématiques : « On va faire en sorte de dépenser l'énergie qu'il faut pour avoir de l'eau à quinze degrés ». Elle a également pointé du doigt l'approvisionnement en nourriture, affirmant que les saumons seraient nourris avec du poisson pêché « sur toutes les côtes ouest d'Afrique ».
Le projet Pure Salmon en détail
L'entreprise Pure Salmon prévoit d'implanter son usine au Verdon-sur-Mer, à l'extrémité de l'estuaire de la Gironde. L'objectif annoncé est de produire 10 000 tonnes de saumon par an tout en créant 250 emplois directs, dont 70% seraient occupés par des habitants du Médoc.
Malgré ses réticences personnelles, la ministre a rappelé que l'autorisation de l'usine suivrait le « système de règles » en vigueur. Le projet a déjà reçu un avis favorable de la commission d'enquête publique, et le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) doit donner son avis dans les prochains mois. La décision finale reviendra au préfet, qui délivrera ou non l'autorisation environnementale.
Une opposition qui dépasse le cadre ministériel
La controverse autour de ce projet ne se limite pas aux déclarations de la ministre :
- Une proposition de loi, soutenue par une centaine de députés, réclame un moratoire de dix ans sur ces « fermes-usines » de saumons.
- Vingt-sept ONG, dans un Appel pour l'océan, ont dénoncé un projet « complètement démesuré ».
- Ces organisations environnementales alertent sur les risques pour l'écosystème de l'estuaire de la Gironde, le plus grand et le plus sauvage d'Europe.
Selon les opposants, le projet serait particulièrement gourmand en eau et en énergie. Ils craignent que les rejets de boues ne nuisent à la pêche et à la conchyliculture locales, mettant en péril les activités traditionnelles de la région.
Les arguments de Pure Salmon
Face à ces critiques, l'entreprise défend fermement son projet. Financée par un fonds d'investissement singapourien, Pure Salmon met en avant plusieurs arguments :
- Un enjeu de souveraineté alimentaire : 99% du saumon consommé en France est actuellement importé.
- Une technologie éprouvée qui garantirait « un impact maîtrisé sur la biodiversité ».
- Le bien-être animal serait « au cœur du projet ».
- L'approvisionnement suivrait des « normes strictes » pour une alimentation « responsable et traçable ».
Le débat autour de cette ferme aquacole illustre les tensions entre développement économique, création d'emplois et préservation environnementale. Alors que le processus d'autorisation suit son cours, la position ferme de la ministre de la Transition écologique ajoute une dimension politique significative à ce dossier déjà controversé.



