Martine Bisauta, une pionnière de l'écologie politique, tire sa révérence
Ce samedi 11 avril, Martine Bisauta, vice-présidente de la Communauté d'agglomération Pays basque (CAPB) en charge de la Transition écologique et énergétique, assiste à son dernier conseil depuis sa tablette. Après plus de quarante ans d'engagement associatif, syndical et politique, cette infirmière de formation quitte la scène publique. Fer de lance de la CAPB, l'ancienne élue de Bayonne offre un témoignage sans concession sur le paysage institutionnel du Pays basque.
Un parcours marqué par l'écologie et le militantisme
Comment avez-vous réussi à intégrer l'écologie dans les arcanes politiques ? Martine Bisauta se souvient : « Je me suis engagée chez les Verts en 1995 après avoir rencontré Dominique Voynet. » Dès les années 1970, avec Victor Pachon et Jean Lissar, elle cofonde le Collectif d'associations de défense de l'environnement (Cade). « J'ai toujours été écologiste et investie dans les milieux associatifs. » Au début des années 2000, Jean Grenet, proche de Borloo, la sollicite : « Je sais qu'il faut faire de l'écologie et je ne sais pas faire. » Après mûres réflexions, elle accepte, malgré des divergences avec certains amis de gauche. « Il m'a laissé faire des choses à Bayonne qui pouvaient, à l'époque, paraître farfelues, comme l'habitat participatif. On a mis en place le premier réseau de chaleur d'Aquitaine. »
Avec Jean-René Etchegaray, rencontré au sein du mouvement Batera, la dynamique se poursuit. « Aujourd'hui, l'écologie est une carte de visite ; à ce moment-là, on me disait juste 'amuse-toi'. » Elle se forme intensément, pilotant un projet européen avec neuf autres villes sur le thème : « Les centres-villes historiques sont les écoquartiers de demain. » Le Grenelle de l'Environnement lui sert de levier pour avancer.
La CAPB : un héritage et des défis
Quel regard portez-vous sur la CAPB ? « Sa création est le prolongement de notre engagement à Batera depuis 2003. C'était inattendu, mais on a bénéficié d'un alignement des planètes. » Recherchant une reconnaissance institutionnelle pour le Pays basque, l'équipe opte pour une agglomération plutôt qu'un département. « L'agglomération constitue un ersatz, mais on s'est adapté en conduisant 21 politiques publiques. Cela nous permet d'avoir la maîtrise de notre destin dans plusieurs domaines. » Elle défend ardemment le travail accompli : « Quand j'en entends certains qui veulent supprimer 300 postes d'agents, je leur souhaite bon courage parce qu'à l'Agglo, personne ne dort. C'est une grosse maison, il y a des choses à améliorer, mais pour que ça fonctionne, il faut du personnel. » La CAPB gagne en poids grâce à ses financements et son ingénierie. « Quelle petite intercommunalité pourrait faire autant ? On peut être fier de cette solidarité territoriale. J'espère que l'on est un territoire inspirant, et que personne ne va casser ce jouet. »
Face aux critiques sur l'inflation des embauches, elle justifie : « Notre plan Climat a été difficile à réaliser. On a embauché 28 personnes. Le problème, c'est qu'elles travaillent. » Elle cite l'exemple du certificat d'économie d'énergie : « Les règles ont été durcies, il faut des agents compétents pour faire les dossiers. La solidarité territoriale, c'est là. Il faut des gens pour la recherche de financement européen. »
Conseils pour l'avenir et vision politique
Quels conseils donnez-vous au prochain président de la CAPB ? « Je n'ai pas de conseil à donner. Ce que j'espère, c'est qu'il n'y ait pas de groupes politiques. Avancer masqué pour un groupe qui ne dit pas son nom, c'est délétère pour le projet communautaire. » Elle rappelle que la CAPB est une intercommunalité sans suffrage universel direct. « Constituer des groupes, c'est légal mais pas moral, et totalement contraire à l'esprit de Batera où toutes les sensibilités politiques étaient représentées. Sinon, on organise la fragmentation d'une assemblée d'élus qui doivent se retrouver sur une communauté de projets. » Elle envisage un futur avec une collectivité unique à statut particulier et un suffrage universel.
Comment voyez-vous l'avenir de l'Agglo ? « Avec Jean-René Etchegaray, c'est le summum du centrisme. Plus rassembleur que lui, c'est impossible. Le prochain président ne devra rien céder aux positions partisanes. » Elle s'oppose à une réduction de l'Agglo à un simple guichet : « Les pôles doivent s'emparer des politiques publiques existantes. J'ai défendu le principe qu'il n'y ait plus que cinq territoires au lieu des 10 pôles, pour des dynamiques plus porteuses. » Elle exprime sa fierté : « Je suis très heureuse d'avoir participé à la mise en place de notre utopie. Le secrétariat général à la transition énergétique, transversal à nos politiques publiques, est un outil précieux que j'espère conservé. » Enfin, elle souhaite longue vie à la commission extracommunautaire pour l'égalité femmes-hommes, dont elle fut une précurseure.



