« Lowland Kids » : un film poignant sur les derniers habitants d'une île en disparition
Le documentaire « Lowland Kids », diffusé sur france.tv, offre un témoignage bouleversant sur le destin des deux derniers adolescents résidant sur l'Isle de Jean-Charles, une presqu'île de Louisiane qui a perdu 98% de sa surface depuis 1955. Howard et Juliette Brunet, recueillis par leur oncle Chris, incarnent avec émotion ce que beaucoup considèrent comme les premiers réfugiés climatiques des États-Unis.
Une terre qui s'efface inexorablement
Autrefois étendue sur 8 000 hectares, l'Isle de Jean-Charles n'occupe plus aujourd'hui que 130 hectares. Cette réduction dramatique s'accélère à un rythme effréné, avec la perte de l'équivalent d'un terrain de football toutes les heures. La presqu'île, située au sud de la Louisiane sur le golfe du Mexique, n'est reliée au continent que par une unique route bitumée, de plus en plus fréquemment submergée par les eaux.
Une communauté amérindienne résiliente
Les habitants de l'île ne sont pas n'importe qui : ils appartiennent aux nations amérindiennes Houma et Choctaw. Ces tribus, référencées par les colonisateurs français dès le XVIIIe siècle, avaient choisi de collaborer avec eux plutôt qu'avec les Espagnols ou les Anglais. De cet héritage, elles conservent encore aujourd'hui l'usage de la langue française pour la plupart de leurs membres.
Le film de Sandra Winther suit le quotidien de Howard, Juliette et leur oncle Chris de 2018 à nos jours, capturant leurs souvenirs des jours heureux, leurs jeux, et la vie communautaire qui animait autrefois l'île. Chris Brunet, qui préfère le terme de « déplacé » à celui de « réfugié », habite dans une maison sur pilotis équipée d'un ascenseur, nécessité par son handicap.
Les causes d'une disparition annoncée
Dans les années 1970, l'Isle de Jean-Charles était encore florissante, avec ses forêts de grands arbres, ses prairies où couraient des rats musqués, et son élevage de vaches. La dégradation a commencé lorsque les compagnies pétrolières et gazières ont creusé des canaux pour atteindre les poches de pétrole et de gaz, ouvrant ainsi la voie à l'eau salée du Golfe qui a anéanti les terres. Les tempêtes, tornades et ouragans annuels ont achevé le processus d'érosion.
Une relocalisation inévitable
Malgré leur attachement viscéral à cette terre ancestrale, les Houmas et Choctaws ont dû faire face à la réalité. En 2016, l'État de Louisiane a reçu une subvention fédérale de 48 millions de dollars pour relocaliser la communauté à 60 km au nord, à Schriever. Même les plus réticents, comme le prêtre catholique Roch Naquin, ont fini par accepter de partir, leur maintien sur place n'étant plus tenable.
Juliette Brunet a, elle aussi, fini par accepter à contrecœur cette relocalisation, tandis que Howard et son oncle Chris expriment une profonde amertume face à cette situation imposée. Le film capture avec sensibilité leurs témoignages déchirants, évoquant à la fois la douleur de quitter leur terre et l'espoir de préserver leur communauté dans un nouveau lotissement.
Un témoignage capital pour l'Histoire
« Lowland Kids » restera comme un document essentiel sur la résilience d'une communauté amérindienne confrontée à des défis multiples : l'érosion côtière accélérée, les bouleversements climatiques, et la relocalisation forcée. À travers le regard intime de deux adolescents, le film questionne notre rapport à la terre, à la mémoire, et à l'adaptation face aux changements environnementaux irréversibles.



