Loi Duplomb : le débat s'enflamme entre santé et agriculture
Loi Duplomb : débat enflammé entre santé et agriculture

La loi Duplomb, adoptée récemment, suscite une vive polémique en France. D'un côté, les défenseurs de l'environnement et de la santé publique crient au scandale ; de l'autre, les syndicats agricoles plaident pour la survie des exploitations. Le débat est passionné et les positions tranchées.

Corinne Lepage : une loi dangereuse pour la santé

Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement et avocate spécialisée dans le droit à l'environnement, a voté la pétition demandant l'abrogation de la loi Duplomb. Elle alerte : « C'est un sujet de santé environnementale plus que d'environnement et la santé reste la priorité des Français devant l'insécurité. » Selon elle, le texte va bien au-delà de la question des néonicotinoïdes : « Tout le monde est focalisé sur le sujet du néonicotinoïde, le sujet est beaucoup plus vaste. Mais ce qui est choquant c'est de dire que seule l'extrême-gauche est mobilisée, ce n'est pas vrai. Il y a des quantités d'organismes médicaux, la recherche pour le cancer, des médecins, scientifiques, biologistes qui ne sont pas spécialement engagés politiquement et qui disent que c'est un scandale pour la santé humaine. »

L'avocate, qui vient de déposer un recours devant le Conseil d'État contre un décret accompagnant la loi Duplomb, n'est pas surprise par la mobilisation citoyenne : la pétition a recueilli près de 1,5 million de signatures lundi soir. « Je ne suis pas très surprise. C'est un vrai phénomène, quand c'est trop, c'est trop. Quand on voit les problèmes des résidus de pesticide dans les eaux, l'explosion des maladies, etc. Les gens ont l'impression que la santé n'est pas prioritaire », développe-t-elle. Elle ajoute que 1,5 million de votants dépasse largement une mobilisation écologiste habituelle. Enfin, elle rappelle que lutter contre cette loi, c'est aussi protéger les agriculteurs, « touchés en premier par les pesticides ».

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Jérôme Despey : une loi nécessaire pour les agriculteurs

Jérôme Despey, premier vice-président de la FNSEA, soutient fermement la loi Duplomb, malgré le succès de la pétition. « La loi est votée, et bien sûr que les agriculteurs souhaitaient avoir un débat. Et s'il n'y en a pas eu, c'est que LFI, les Verts, une partie du PS ont posé des tas d'amendements pour faire obstruction à ce qu'attendent les agriculteurs depuis trois ans », explique-t-il. Il défend la réintroduction de l'acétamipride, un pesticide néonicotinoïde destiné à traiter la betterave et les noisettes : « Nous ne sommes pas des empoisonneurs, on ne veut pas favoriser le cancer. Il y a des réglementations, on demande juste qu'elles soient respectées pour toute l'Union européenne. S'il y a un danger sur ce produit, il faut que les services liés à l'homologation au niveau européen l'interdisent. »

Pour Jérôme Despey, la souveraineté agricole est en jeu : « Les agriculteurs sont dans une situation particulièrement difficile. Si les règles ne sont pas les mêmes, nous allons perdre la capacité de produire de notre pays. » Il répond à Sandrine Rousseau, qui dit n'avoir « rien à péter » de la rentabilité des agriculteurs : « De son 7e arrondissement, elle ne connaît pas le quotidien d'un agriculteur qui se bat pour avoir la meilleure des alimentations pour nos concitoyens. Le mot d'argent sale a été prononcé, c'est immonde, irresponsable. » Il précise qu'il respecte la pétition et participera au débat s'il a lieu, pour éclairer les citoyens sur ce produit.

Le recours déposé par Corinne Lepage, au nom de l'association Agir pour l'Environnement, conteste le décret du 8 juillet qui permet au ministre de l'agriculture de prioriser les dossiers à instruire par l'Anses. Selon elle, « c'est une pure violation de l'indépendance de l'Anses ». Le débat reste ouvert.

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