La Rochelle face à son héritage radioactif : la Criirad alerte sur des résidus industriels
La Rochelle : alerte sur des résidus industriels radioactifs

La Rochelle confrontée à son passé industriel radioactif

Le dernier bulletin de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), publié en avril 2026, a provoqué une vive émotion parmi les habitants de La Rochelle. Intitulé "Un nouveau scandale sanitaire à La Rochelle ?", ce document relance l'alerte concernant la présence de résidus industriels radioactifs à plusieurs endroits de la ville, héritage d'activités industrielles passées.

Un problème ancien qui resurgit

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le terme "nouveau", cette affaire n'a rien de récent. Dès 1990, le journal "Sud Ouest" titrait déjà sur le "Parfum de scandale sur la décharge" de Chef-de-Baie, à l'ouest de La Rochelle. Cette décharge à ciel ouvert a fonctionné pendant des années, recevant les déchets qui ne pouvaient être traités par le centre d'enfouissement technique local.

La pratique était autorisée par les autorités et a duré jusqu'à la fermeture du site en 1993, après l'ensevelissement d'environ 150 000 mètres cubes par an de "déchets inertes et de déchets industriels banals". Ces travaux ont notamment permis l'aménagement du nouveau port de pêche de la ville.

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L'origine industrielle de la contamination

La Criirad précise que cette décharge a notamment reçu les rejets de l'usine Rhône-Poulenc, devenue par la suite Rhodia Electronics & Catalysis puis Solvay. Cette usine était spécialisée dans le traitement des terres rares, extraites à partir de monazite importée.

"Or il s'agit d'un minerai qui peut présenter des concentrations très élevées en uranium et thorium, des éléments radioactifs naturels", explique l'association environnementale dans son bulletin.

Une contamination qui persiste

Les déchets de l'usine ont été rejetés en mer de 1947 à 1985 avant d'être envoyés vers des sites spécialisés comme celui de La Hague dans la Manche. Cependant, certains effluents liquides ont continué à être déversés en mer par la suite.

Des analyses effectuées par la Criirad en 1987 et 1998 à la demande de l'association Les Verts Poitou-Charentes ont démontré une forte contamination des sédiments de la plage de Chef-de-Baie, "en particulier par les descendants du thorium 232". De nouvelles mesures en 2002 et 2010 ont confirmé ces résultats, y compris dans le quartier des Minimes.

Des niveaux de radioactivité préoccupants

L'inventaire de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) d'octobre 2008 avait précisé qu'environ 50 000 m3 de résidus de l'usine rochelaise "ont participé au comblement d'une zone de remblaiement dans l'emprise des installations portuaires de la Pallice".

Les niveaux de radioactivité moyens relevés sont particulièrement inquiétants :

  • 6 000 becquerels/kg pour l'uranium 238
  • 480 000 becquerels/kg pour le thorium 232

"Il est anormal que des matériaux avec un tel niveau de radioactivité aient pu être utilisés comme remblai", dénonce la Criirad. L'association souligne que certains radionucléides présentent "une très forte radiotoxicité par ingestion et par inhalation" et produisent "en permanence des gaz radioactifs (isotopes du radon)".

Un problème à très longue durée

La situation est d'autant plus préoccupante que la période physique de l'uranium 238 est de 4,5 milliards d'années, celle du thorium 232 de 14 milliards d'années. La contamination risque donc de persister pendant des millénaires, posant des questions cruciales sur l'assainissement des terrains concernés.

La réponse des autorités locales

Ce dossier s'ajoute à une pile préoccupante sur le bureau de Marie Dubois, nouvelle deuxième adjointe au maire Olivier Falorni, en charge de la santé publique et de la prévention des risques majeurs. Parmi les autres dossiers sensibles figurent le cluster de cancers à la Pallice, la dépollution de l'ancienne usine à gaz rue Marcel-Paul, et les cancers pédiatriques dans la plaine d'Aunis.

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"C'est un sujet dont on avait connaissance et ça fait partie des dossiers que nous allons traiter en priorité", annonce l'élue rochelaise. Elle compte mettre d'autres acteurs que la Ville autour de la table et prévoit plusieurs réunions avec les services municipaux pour "croiser toutes les données sur ces sujets".

Marie Dubois insiste sur la nécessité de transparence : "Nous allons élargir l'observatoire de santé à la santé environnementale, ça faisait partie de notre programme de campagne. Il va falloir être très transparent avec les Rochelais."

Les recommandations de la Criirad

L'association environnementale recommande que soit "vérifiée la qualité de l'air des bâtiments construits sur tous les terrains à risque". Elle critique sévèrement "l'absence de préconisation en ce sens dans le rapport produit en 2004 par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire", qu'elle qualifie d'"affligeante".

La Criirad appelle à une prise en compte sérieuse de ce problème hérité du passé industriel de La Rochelle, soulignant que la question de l'assainissement des terrains contaminés doit être posée avec urgence, tant pour la santé des habitants actuels que pour les générations futures.