Eurenco à Bergerac refuse une exposition sur les travailleurs indochinois sous de faux prétextes
Eurenco refuse hommage aux travailleurs indochinois à Bergerac

Le refus controversé d'Eurenco pour honorer les travailleurs indochinois de Bergerac

Sollicitée depuis la fin du mois de février pour accueillir une exposition photographique sur ses murs d'enceinte, l'entreprise Eurenco, implantée à Bergerac en Dordogne, a opposé un refus catégorique en invoquant une contrainte juridique qui s'avère totalement inexistante. Quatre-vingt-deux ans après le départ des travailleurs indochinois de la poudrerie de Bergerac en 1944, la question d'un hommage digne de ce nom se heurte ainsi à une fin de non-recevoir de la part de l'entreprise actuelle.

Un projet mémoriel bloqué par des arguments fallacieux

Le journaliste et historien Pierre Daum, qui travaille depuis trois ans sur l'histoire des travailleurs indochinois en Dordogne, a proposé à Eurenco d'installer une trentaine de photographies géantes le long du mur d'enceinte de l'ancienne poudrerie. Cette exposition devait mettre en lumière le sort des 4000 Vietnamiens recrutés de force en 1939 et envoyés à Bergerac pour travailler dans des conditions extrêmement difficiles.

Dans sa correspondance avec la direction du site, Pierre Daum a rappelé que ces hommes « ont souffert du froid, de la faim, du pouvoir autoritaire et raciste des agents français chargés de leur encadrement » entre 1940 et 1944. Il a notamment souligné, archives à l'appui, que le taux de mortalité était quatre fois plus élevé que dans la population bergeracoise au sein des hangars où étaient internés les Indochinois.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une contrainte juridique inventée de toutes pièces

Après deux relances, le service communication d'Eurenco a finalement répondu le 13 mars en invoquant une « contrainte juridique majeure ». L'entreprise affirmait que le mur d'enceinte étant classé au titre des Monuments historiques, la législation interdisait formellement d'y apposer tout élément extérieur.

Pierre Daum, méfiant, a immédiatement contacté le service de Conservation régionale des monuments historiques. La réponse a été sans équivoque : « Les murs d'enceinte de la poudrerie ne sont pas protégés au titre des Monuments historiques ». Ils sont simplement identifiés comme « témoins de l'histoire industrielle » dans le règlement du Site patrimonial remarquable de Bergerac.

De nouveaux prétextes avancés après la révélation de la supercherie

Informé de cette révélation, Pierre Daum a transmis ces éléments à la direction d'Eurenco le 18 mars. Face à l'absence de réponse, le délégué CGT d'Eurenco, Jérémy Caillé, a lui-même exprimé son incompréhension et son « malaise » dans un mail adressé au directeur du site.

Contacté le 15 avril, le directeur du site Eurenco à Bergerac a alors changé d'argumentation, évoquant cette fois des risques sécuritaires : « C'est un axe circulant, cela pourrait être accidentogène », a-t-il affirmé, estimant que le contexte sécuritaire autour de ce site sensible n'était « pas favorable » à une exposition.

Pierre Daum réagit avec véhémence : « Je suis scandalisé par la légèreté avec laquelle la direction d'Eurenco traite cette affaire. Après avoir inventé un classement aux Monuments historiques qui n'existe pas, le directeur refuse de participer à l'hommage rendu à ces hommes sous prétexte de risque d'accidents qui seraient provoqués par l'accrochage de quelques photos sur le boulevard des Poudriers ? Quelle honte ! »

Un mémorial qui verra tout de même le jour à Creysse

Malgré ce refus d'Eurenco, le Mémorial des travailleurs indochinois du Périgord sera bien inauguré samedi 30 mai à la mairie de Creysse. Conçu par Michel Lecat, petit-fils du photographe Robert Bondier, ce mémorial est constitué de deux grands portraits de 2,5 mètres de large par 3,5 mètres de haut, composés de près de 2400 petits portraits de tous les Indochinois passés par le studio photographique.

La veille de l'inauguration, vendredi 29 mai à 18 heures, Pierre Daum et Michel Lecat donneront une conférence sur l'histoire des travailleurs indochinois de Dordogne à l'auditorium François-Mitterrand de Bergerac, rappelant ainsi que la mémoire de ces hommes ne pourra être effacée malgré les réticences de certaines entreprises.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale