Philippe Michelon, docteur en mathématiques et professeur d'informatique à l'Université d'Avignon, est un spécialiste de la recherche opérationnelle et de l'optimisation combinatoire. Il a contribué à la mise en œuvre du télescope Alma, un instrument unique au monde perché dans les Andes chiliennes. Ce samedi, il donne une conférence à l'Université d'Avignon pour partager son expérience.
Où se trouve le télescope Alma ?
Le télescope Alma est installé à 5 000 mètres d'altitude dans le désert de l'Atacama au Chili, l'une des zones les plus arides de la planète, peu affectée par la pollution. Il s'agit du télescope le plus haut du monde. Plusieurs autres télescopes sont également présents dans cette région. Les humains ne peuvent pas y séjourner en permanence ; les opérations sont dirigées depuis un camp de base à 3 500 mètres d'altitude, avec une règle de sécurité stricte : quinze jours en station, puis quinze jours de descente.
Quelles sont les caractéristiques de ce télescope ?
Alma est le télescope terrestre le plus puissant et le plus récent, bien qu'il existe des télescopes spatiaux comme Hubble. Il est composé de 66 antennes paraboliques mobiles, chacune aussi haute qu'une éolienne et d'un diamètre d'environ douze mètres. C'est un projet international en constante évolution, impliquant l'Europe, les États-Unis, le Japon et le Chili.
Quel a été votre rôle dans cette aventure ?
Philippe Michelon a été sollicité pour planifier les observations demandées par les astrophysiciens. Avec environ 20 000 demandes par an, il a conçu un modèle mathématique pour optimiser l'utilisation du télescope. Étant donné son coût de plusieurs milliards d'euros, aucun temps mort n'est toléré. Le télescope fonctionne 24 heures sur 24, avec une observation toutes les demi-heures. Il faut aussi tenir compte des conditions météorologiques, car chaque astrophysicien souhaite observer une région spécifique de l'espace. Ce type de télescope soulève de nouvelles questions sur le stockage et l'analyse des données, auxquelles répondent les informaticiens. Cela a donné naissance à une nouvelle discipline, l'astro-informatique, dans laquelle des chercheurs se spécialisent.
Quel est le but de ces observations ?
Tous les astrophysiciens visent le même objectif : remonter dans le temps jusqu'au big bang ou juste après pour comprendre nos origines. Cela touche à la philosophie et à la religion. Avec des télescopes, on est toujours limité car plus on observe loin dans l'univers, plus la matière est dense et moins la lumière passe. Alma, acronyme de Atacama Large Millimeter Array, a été inauguré en mars 2013. C'est le radiotélescope le plus puissant pour observer le rayonnement des objets les plus froids de l'univers, capable de détecter les premières galaxies formées.
Conférence : “La tête dans les étoiles, optimisation d’un télescope” dans le cadre du congrès MATh.en.JEANS, aujourd'hui samedi 28 mars à 13 h 30, amphi AT02, Université d'Avignon.



