Les automobilistes circuleraient fréquemment au-dessus des limitations de vitesse à Millau, selon les données recueillies par plusieurs capteurs Telraam installés depuis un an et demi dans le centre-ville par l’association Innovation Mobilité Douce (In’VD). Ces compteurs enregistrent en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, le nombre de passages de piétons, cyclistes, voitures et poids lourds. Ils mesurent également l’indicateur européen V85, qui correspond à la vitesse en dessous de laquelle roulent 85 % des véhicules observés. « C’est la vitesse à laquelle il semble bon de rouler au regard de la configuration de la chaussée », explique Julien Sales, membre de l’association In’VD. Les 15 % les plus rapides ne sont pas pris en compte afin de limiter l’influence de situations particulières, comme le passage des véhicules de secours ou certains excès de vitesse importants.
Des vitesses supérieures aux limitations
Selon les relevés de l’association, le capteur situé avenue de Calès, à proximité du cabinet médical des Ondes, affiche un V85 de 48,3 km/h. Boulevard de l’Ayrolle, près du passage piéton du Parc naturel régional des Grands Causses, ce chiffre atteint 40,8 km/h. Deux axes pourtant limités à 30 km/h. Le constat est encore plus marqué boulevard de Soulobres, où le compteur a enregistré un V85 de 68,5 km/h en mai dernier. Un chiffre particulièrement élevé alors que la voie est actuellement limitée à 30 km/h. Depuis le 1er juillet, cette portion ainsi que l’ensemble de la côte 415 ont retrouvé toutefois une limitation à 50 km/h, accompagnée du retour au régime de priorité antérieur avec la suppression de plusieurs « cédez le passage » prévue à l’automne.
Les limites d’une simple modification réglementaire
Pour In’VD, ces données illustrent les limites d’une simple modification réglementaire lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’aménagements adaptés. « Plus une chaussée est large et continue, plus les automobilistes ont tendance à rouler vite, indépendamment de la limitation affichée », estime l’association. Si l’instauration de la limitation à 30 km/h et la modification des règles de priorité décidées sous la précédente municipalité constituaient, selon elle, une première avancée vers un partage plus apaisé de l’espace public, l’association regrette l’absence d’aménagements complémentaires. Elle plaide notamment pour la création d’une piste cyclable sécurisée sur le boulevard de Soulobres. « Elle permettrait à la fois de favoriser les déplacements des lycéens et des habitants du quartier, mais aussi de réduire la largeur de la chaussée, un levier reconnu pour apaiser la circulation », souligne In’VD.
Donner plus de place aux vélos
Plus largement, l’association réclame l’élaboration d’un schéma directeur cyclable cohérent sur les principaux axes, une meilleure organisation du stationnement ainsi qu’un partage de l’espace public davantage favorable aux mobilités alternatives. Selon les données d’In’VD prises pendant un an sur les secteurs les plus empruntés à Millau, la part modale du vélo atteindrait environ 6,2 % des déplacements quotidiens dans la commune, soit encore loin de l’objectif national fixé à 12 % d’ici à 2030 par la Loi d’orientation des mobilités. Selon le baromètre Fub, le principal frein en France resterait le sentiment d’insécurité des usagers. « À Millau, un cycliste est aussi souvent un automobiliste. Mais si chacun peut agir individuellement, la collectivité doit impulser un véritable changement structurel », estime l’association.
La municipalité se dit ouverte à la réflexion
La nouvelle municipalité rappelle avoir déjà engagé plusieurs aménagements destinés à ralentir la circulation, avec notamment la création de plateaux surélevés et d’un giratoire à l’intersection du boulevard de Soulobres et de la rue du Printemps. Concernant une éventuelle piste cyclable sur la côte 415, le maire de Millau, Christophe Saint-Pierre, assure ne pas fermer la porte, tout en soulignant que sa réalisation représente un coût important. En revanche, l’aménagement de pistes cyclables sécurisées sur d’autres axes de la ville s’annonce plus complexe. « On ne peut pas imposer arbitrairement une piste cyclable sur tous les axes de la ville. Il faut trouver un équilibre : cela implique parfois de supprimer du stationnement, de modifier une voie de circulation, d’empiéter sur les trottoirs ou de toucher aux alignements d’arbres. Ce sont des choix qu’il faut assumer », explique-t-il. Le maire indique également qu’Olivier Baillard, adjoint à la circulation et au stationnement, travaille actuellement sur ces sujets. Les propositions qui en découleront seront ensuite présentées et débattues avec les différents usagers de la route. Christophe Saint-Pierre souhaite par ailleurs renforcer la signalisation afin de mieux informer les automobilistes de la présence de doubles sens cyclables dans certaines rues à sens unique.



