Ultra-trail : Benat Marmissolle alerte sur les dérives des régimes extrêmes
Ultra-trail : Benat Marmissolle brise le tabou des régimes extrêmes

Le coureur basque Benat Marmissolle, 45 ans, alerte le monde de l'ultra-trail sur l'impact dévastateur d'un régime inadapté. Vainqueur de la Diagonale des Fous en 2022, il a traversé huit années « d'enfer » marquées par des troubles alimentaires graves et un métabolisme « détruit ». Rencontré chez lui à Tardets-Sorholus (Pyrénées-Atlantiques), il se sent « une nouvelle personne » depuis septembre, mais ces années l'ont « traumatisé ».

Un régime cétogène imposé par un entraîneur

En 2018, Benat Marmissolle rencontre celui qui va l'entraîner pendant trois ans et le soumettre d'emblée à un régime cétogène. Ce régime prive l'organisme de glucides pour le contraindre à puiser dans les lipides, avec pour objectif « la silhouette idéale du traileur de haut niveau ». Le sportif amateur, prêt à « quelques sacrifices » pour devenir professionnel, fuit « les repas, les anniversaires, les Noëls ». Convaincu par des résultats immédiats, il ignore sa fatigue, son irritabilité et ses troubles du sommeil.

Des crises d'hyperphagie boulimique dévastatrices

Quelques mois plus tard survient la première « crise » : un épisode d'hyperphagie-boulimie qui lui fait ingérer de grandes quantités de nourriture et prendre quatre kilos en quelques jours. « Sauf que j'ai une course qui arrive, donc je me mets à la diète totale et je fais un tiers du parcours, à l'agonie », raconte-t-il. Fustigé par son entraîneur, qu'il ne veut pas nommer et qui le traite de « faible », il s'enfonce. L'ultra-traileur dépense à l'entraînement des calories qu'il n'absorbe pas, et enchaîne jeûnes et crises tous les deux mois. « Les plus courtes duraient trois jours et les plus longues quatre semaines, je prenais 12 kilos en dix jours, c'était abominable », confie-t-il.

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Dépression et hospitalisation

En 2020, en « énorme dépression », il passe douze jours en clinique. « Seuls mes parents étaient au courant et je leur ai fait promettre de ne rien dire à personne », dit-il. À sa sortie, les crises s'intensifient, tous les quinze jours. « Combien de fois j'ai dû annuler des choses, mentir », souffle-t-il. Sa victoire sur la Diagonale des Fous en 2022 ? Un « miracle » sans « aucune gloire ». « Je fais une crise dix jours avant, suivie d'une diète sans féculents pendant cinq ou six jours. J'ai gagné mais à côté, rien ne va », explique-t-il.

L'UTMB et la révélation du RED-S

En 2023, avant l'Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB), il ne s'« arrête plus de manger ». « Au bout de 20 kilomètres, je suis en surrégime, j'ai envie de vomir, le ventre explosé et je prends l'excuse d'une hypoglycémie pour manger des tonnes de gel et de barres énergétiques », relate-t-il. Souffrant de lésions musculaires importantes et de reins abîmés, il renonce au bout de 80 kilomètres. « J'ai failli arrêter ma carrière », confie-t-il, encore blessé des accusations de dopage nées de son abandon. Après de multiples consultations focalisées sur les troubles du comportement alimentaire, il rencontre Gilles Reboul, chirurgien viscéral en Gironde, qui lui parle du syndrome de déficit énergétique (RED-S). « Personne n'avait évoqué le RED-S, alors que ça faisait des années que j'appelais au secours », regrette-t-il. Désormais suivi par Pierre Broussin, médecin du sommeil, et Pierrick Laulan, docteur en psychologie et chercheur à l'université de Lausanne, il comprend le mécanisme. « Le déclencheur a été ce régime cétogène qui a coupé le carburant, entraîné un contrôle très rigide de l'alimentation, en parallèle de volumes d'entraînement très intenses. Il était complètement vidé, c'est ça le RED-S », explique ce dernier.

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Un tabou dans l'industrie du trail

Pierrick Laulan pointe : « Cette discipline valorise la souffrance et le fait de pousser son corps à l'extrême, c'est problématique. » Pour autant, Benat Marmissolle « adore » toujours courir et ne veut pas « avoir traversé tout ça pour rien ». Il espère bousculer l'industrie du trail, où les troubles nutritionnels restent « un tabou ». Aujourd'hui, l'athlète « a accepté le fait de reprendre du poids », salue Pierrick Laulan. Vainqueur en mai au pays de Galles de l'Ultra-trail Snowdonia (163 km et 9 200 m de dénivelé positif), le Basque prendra le départ de l'UTMB à Chamonix fin août. « Si je ne suis pas totalement sauvé, aujourd'hui j'ai trouvé tous les outils pour m'en sortir », sourit-il enfin.