Début mars 2026, Milan Ponweera est songeur. Il a amené à Hong Kong ses plus belles pierres taillées. Elles vont être exposées sur le salon HKTDC qui réunit, comme chaque année à l’AsiaWorld-Expo, des vendeurs de gemmes venus du monde entier. Les maisons de joaillerie et les enseignes spécialisées sont habituellement présentes : elles trouvent ici les diamants, les perles, les spécimens de couleur qui scintilleront sur leurs prochaines collections. Mais l’actualité du monde s’invite dans cette édition. Quelques jours avant l’ouverture de cet immense rendez-vous professionnel, les États-Unis ont lancé une vaste opération militaire contre l’Iran.
« On s’inquiétait un peu. Les vols avaient été annulés. Les acheteurs et les marques ne pouvaient pas se déplacer. » Chou blanc ? « Pas du tout. Il y a eu moins de monde, c’est vrai, mais on a malgré tout réussi à faire des ventes. » Pas n’importe lesquelles. « Des ventes exceptionnelles » confirme Milan qui, avec son frère Thilan, a fondé en 2022 la maison Avani, ce qui signifie « terre » en sanskrit. Ce nom, choisi par leur sœur, rend hommage au Sri Lanka où leur grand-père possédait des mines. La nature de leur activité doit beaucoup à cet ancrage familial, même si la solidité de leur expertise a été fortifiée par de longues années de travail sur le terrain, auprès des mines, des lapidaires et des artisans.
Les deux gemmologues ont décidé de placer Paris au cœur de leur activité : la maison dispose de deux salons ouverts sur la place du Marché Saint-Honoré, à deux pas de la Place Vendôme qui regarde avec intérêt les pierres proposées par ce jeune label. Uniquement des pierres de couleurs. Fines ou précieuses. Le marché plébiscite les pierres rouges – notamment le rubis de Mozambique – mais aussi les teintes spéciales qui signalent, à l’instar du saphir Padparascha (rose-orangé), une provenance spéciale et une rareté.
Un positionnement en phase avec le marché
La couleur est plus prisée que jamais par les clients. La maison Avani est bien placée pour le savoir puisqu’elle vend ses gemmes à la fois aux professionnels mais aussi au grand public : celui-ci peut acquérir des créations richement serties (beaucoup de bagues notamment) au numéro 15 de la place (Avani Paris) tandis qu’au 19 (Maison Avani), un salon privé permet de concevoir soi-même son bijou à partir d’une pierre de son choix. Un service sur mesure au juste prix puisque la maison, qui dispose de son propre atelier à Paris, évite les intermédiaires et s’approvisionne à la source. Au Sri Lanka naturellement, mais aussi et de plus en plus en Tanzanie, au Mozambique, à Madagascar. Car la maison, qui s’est tout d’abord spécialisée dans le saphir (pierre sri-lankaise par excellence) a très vite étendu son expertise aux pierres fines. Certaines connaissent un engouement hors norme.
La pierre « hot » du moment : le rubis du Mozambique
« Sur le salon à Hong-Kong, les acheteurs réclamaient des pierres parfaites entre 2 et 10 carats. » Pierre parfaite ? « C’est-à-dire dans l’ordre, une très belle couleur et une très belle clarté, les pierres très claires étant moins cotées. La taille compte aussi beaucoup. » À cette trinité, rajoutons un autre critère : la provenance. Elle était déterminante il y a quelques décennies. « Je dirai que l’origine compte mais que le marché, malgré tout, regarde avant tout la couleur et la clarté. »
Les raisons de cet engouement ? « Le marché veut des couleurs très spéciales. On s’est posé la question avec plusieurs confrères. La plupart d’entre eux pensent que la guerre favorise ce mouvement vers les pierres de couleurs de très haute qualité : ces gemmes représentent des actifs circulants, qui peuvent être facilement transportés s’il arrive quoi que ce soit. Elles représentent un investissement très sûr. »
Les pierres les plus demandées ? « Sur le haut du podium : Le rubis du Mozambique. C’est la pierre “hot” du moment depuis deux ans. Bien sûr, il y a le rubis birman mais cette matière est très peu disponible et a déjà atteint depuis longtemps des prix exorbitants. Un très beau birman de 5 carats peut coûter un million du carat. Un très beau Mozambique atteindra les 300 000 dollars par carat si la pierre avoisine les 5 carats. Ce prix atteindra 500 000 par carat si la pierre pèse 10 carats. »
Spinelle Mahenge : des prix quadruplés en cinq ans
Sur la deuxième place du podium : une pierre inattendue que Milan Ponweera connaît bien. « Mes premiers voyages en Tanzanie ont coïncidé avec la découverte d’une nouvelle mine de spinelles. Ces pierres sont aussitôt arrivées sur le marché. J’ai pris un risque en faisant l’acquisition d’un spinelle Mahenge brut de 40 carats. » Cette appellation désigne des spinelles de couleur rose intense, rouge, parfois orange, originellement découverts en 2007 au sud de Mahenge en Tanzanie, dans la vallée Ipanko dont le sol est riche en zinc. Les spécimens prodiguant un rouge néon, caractéristique de cette provenance, sont les plus cotés. « Le brut que j’avais acheté était très rouge. Je l’ai fait tailler au Sri Lanka. La gemme taillée, de 21,02 carats était sublime. »
Un risque payant. « J’ai fait cette acquisition en 2021. À cette époque le carat valait environ 10 000 euros pour une pierre de plus de 10 carats. Peu de temps après le prix du marché est monté à 25 000 euros le carat : tous les spinelles ont pris 150 % en quelques mois. Chez Sotheby’s où nous avons mis la pierre aux enchères en 2022, le spinelle est parti pour plus de 480 000 dollars. L’engouement est récent mais il ne faiblit pas. Le prix du carat pour les pierres de plus de 10 carats est aujourd’hui passé à 40 000 euros. La demande est vraiment énorme : elle était assurée par les Asiatiques qui trouvent que le spinelle possède le rouge du rubis conjugué à l’éclat et au feu du diamant, mais désormais les Américains s’y intéressent fortement. »
Un triomphe du rouge donc ? « C’est assez logique car ça a toujours été la couleur la plus rare en gemmologie. Mais dans le cas du spinelle, le bleu cobalt, qu’on ne trouvait autrefois qu’au Vietnam, est également très prisé : depuis 2021, on en trouve aussi en Tanzanie. »
Une autre couleur, surtout, domine ce panthéon : le rose-orange du saphir Padparadscha. « L’origine sri-lankaise est la plus appréciée car elle correspond à une teinte très précise, très douce, rose saumon un peu clair sur un cristal très pétillant. Les laboratoires apprécient cette douceur qui seule bénéficie de l’appellation Padparadscha. Si la couleur est trop intense, les laboratoires désormais l’appelleront rose-oranger. On trouve également des Padparadscha, qui signifie fleur de lotus, à Madagascar mais aussi, depuis peu, en Tanzanie et au Mozambique : ces pierres ont une touche de brun qui apporte de l’intensité. Elles ont un potentiel évident. »
Avani Paris, 15 Place du Marché Saint-Honoré Paris 1er. Maison Avani, 19 Place du Marché Saint-Honoré Paris 1er. www.avani-paris.com



