Catastrophe de la Pallice : le Verdun rochelais oublié
Catastrophe de la Pallice : le Verdun rochelais

Une explosion dévastatrice

Le 1er mai 1916, à 700 kilomètres du front de Verdun, une terrible explosion secoue La Rochelle. L'usine Vandier & Despret, située dans le quartier de La Pallice, vient de sauter, faisant 177 morts et plus de 150 blessés. Ce drame laisse derrière lui 93 veuves et 191 personnes à charge. Surnommé le « Verdun rochelais » par l'historien Christophe Bertaud, cet événement reste la plus grande catastrophe industrielle française liée à l'effort de guerre de la Première Guerre mondiale.

Des circonstances tragiques

L'usine, mise en service seulement sept mois plus tôt, produisait de la mélinite, un explosif. L'explosion est d'une violence telle que sur les 80 premiers corps retrouvés, seuls 25 peuvent être identifiés. Les dégâts matériels sont estimés à 12 millions de francs. L'onde de choc endommage huit sites industriels voisins, détruit des toitures et des murs dans un large périmètre, et brise même les vitraux de la cathédrale de La Rochelle, à 5 kilomètres. L'explosion est ressentie jusqu'à Marans et Châtelaillon, et entendue comme un coup de tonnerre jusqu'à Luçon, en Vendée.

Une installation précipitée

La société Vandier & Despret, fondée le 1er août 1915, avait demandé l'autorisation de produire de la mélinite trois jours plus tard. En temps de paix, une enquête administrative aurait été nécessaire, mais en temps de guerre, les procédures sont escamotées. Le ministère du Commerce ordonne au préfet de ne pas délivrer d'autorisation provisoire et de laisser les industriels procéder à l'installation. Ainsi, fin 1915, l'usine tourne déjà, produisant 17 tonnes de mélinite par jour, avec une main-d'œuvre comprenant de nombreux militaires.

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Un accident prévisible

L'explosion survient après un incendie d'une vingtaine de minutes. Aucun ordre d'évacuation n'est donné, car on pensait alors que la mélinite brûlait sans détoner. Les témoignages rapportent une surveillance illusoire, avec des ouvriers fumant à l'intérieur. Plusieurs hypothèses circulent sur l'origine du sinistre, mais la thèse de l'accident est retenue. L'accumulation de 200 tonnes de mélinite, la présence de lots impurs refusés par la poudrerie d'Angoulême en raison d'un excès d'acide sulfurique, et l'élévation de la température due à l'incendie ont provoqué la catastrophe.

Des obsèques émouvantes

Le 4 mai, une foule nombreuse assiste aux obsèques de 80 victimes. Les cercueils sont transportés par 16 camions automobiles jusqu'au cimetière de la Rossignolette, où trois fosses sont ouvertes. Tous les corps n'ont pas été retrouvés. Un monument est érigé en 1918 dans le cimetière, et une stèle est placée sur le site de la catastrophe, récemment restaurée.

Un héritage industriel

La catastrophe a influencé l'implantation industrielle à La Rochelle. Le site de l'usine est resté une friche, et l'actuelle usine Solvay s'est installée ailleurs. Le port de La Pallice, qui a vu son trafic augmenter considérablement pendant la guerre, est devenu un port pétrolier majeur. Ainsi, la Première Guerre mondiale a contribué à l'essor du port, sortant La Pallice de son sommeil.

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