De notre envoyé spécial à Bryan (Texas), ils font de l'hélicoptère et ils tirent au fusil d'assaut sur des sangliers. Cela s'appelle « Helibacon ». Bienvenue à Bryan, dans le Texas profond, où le soleil brûle la peau et les pick-up impressionnent. Ici, la Coupe du monde de foot est un événement lointain. En ce premier matin de juillet, six hommes se donnent rendez-vous sur la base de Coulter Field, où l'entreprise Helibacon leur propose une sortie hors du commun.
Une régulation nécessaire face aux dégâts
Le but : survoler la région en hélicoptère et abattre le plus de sangliers possible, une espèce invasive qui se reproduit rapidement et saccage les plantations. « Les dégâts sont considérables, explique Chase Roberts, cofondateur. Certaines parcelles perdent jusqu'à 20 ou 30 % de leur récolte. Pour un exploitant, c'est une perte énorme. Si quelqu'un amputait votre salaire de 30 %, vous auriez un problème. Eux ont un problème avec les sangliers. »
Plutôt que de faire le travail lui-même, le gouvernement texan encourage ces entreprises. Il a assoupli la réglementation pour permettre à tout client de devenir régulateur le temps de quelques heures, fusil d'assaut en main.
Des clients variés et des blagues douteuses
On trouve tout type de personne : du jeune touriste autrichien venu vivre son « GTA », au vieux briscard comme Jack, venu de Saint-Louis, avec sa carrure d'ogre et sa barbe de bûcheron. « Vous n'avez pas d'armes en France, si ? » demande-t-il. Lui possède « a bunch of guns », environ deux cents, pour chasser, faire du tir sportif et se défendre. Il ajoute une blague : « I like to shoot. Sometimes cans, sometimes Mexicans. » On est dans la campagne texane, où Trump a réalisé des scores élevés.
Sécurité stricte et briefing sérieux
Le temps des plaisanteries prend fin quand Taylor, l'instructeur en chef, arrive. Visage fermé, il prend place dans l'hélicoptère et donne les consignes : « Quand je vous demanderai de faire quelque chose, ce n'est pas une demande. » Pendant une heure, il énonce des règles de sécurité rassurantes. Savoir qu'un homme aux biceps d'acier va gérer cette bande de tireurs amateurs aide à relâcher la pression.
Une chasse difficile
À 6 heures du matin, l'hélicoptère décolle pour survoler les plaines agricoles. Contrairement aux craintes, la sortie est faite de silence et d'observation. Il faut un quart d'heure avant que l'action ne commence. Chaque tir doit être autorisé par Taylor après identification de la cible. Mais abattre un sanglier lancé à pleine vitesse dans les champs de maïs n'est pas aisé. Au final, seuls deux animaux sont tués en deux heures de vol à 50 mètres du sol.
Le touriste autrichien est déçu : « Je suis déçu, j'imaginais qu'on pourrait tirer plus. Pour 3 000 dollars, ça fait un peu mal. À ce prix-là, j'aurais préféré un lâcher de sanglier dans un ranch. » Jack, lui, est moins ronchon : « C'est vrai que sur la fin c'était calme, mais ça reste une expérience dingue. On a fait de l'hélicoptère, on a tiré sur des sangliers et on a vu des faons et une nature magnifique. Pour les agriculteurs, c'est une façon de protéger leurs terres, et pour nous c'est du fun. »
Un business utile selon ses fondateurs
De retour à la base, Chase Roberts répond aux questions sur cette activité qui peut choquer. « Je comprends que ça puisse choquer. Moi aussi je trouve regrettable qu'on doive en arriver là, à tuer des animaux qui ne font que vivre leur vie. Mais vu les problèmes causés par les sangliers, on n'a pas d'autre choix. Je compare cela aux rats. Un rat qui s'installe dans votre grenier cherche simplement à survivre. C'est pareil pour les sangliers. » Il conclut : « À problème extrême, résolutions extrêmes. Le tir depuis l'hélicoptère est la manière la plus efficace et la plus sécurisée pour réguler ces populations. Nous sommes utiles aux agriculteurs. »



