Une mobilisation massive contre un plan social sans précédent
Près de 200 salariés du groupe de presse Prisma Media se sont rassemblés ce jeudi à Paris pour exprimer leur vive opposition à un projet de restructuration d'une ampleur historique. Ce plan, annoncé le 30 mars dernier, prévoit la suppression de près de 40% des effectifs, ce qui pourrait se traduire par jusqu'à 279 licenciements pour motif économique sur les quelque 650 postes que compte l'entreprise.
Un comité de groupe sous tension
Les manifestants, employés de titres emblématiques tels que Capital, Geo, Femme Actuelle et Voici, ont scandé « Touche pas à Prisma » sous les fenêtres où se tenait un comité de groupe exceptionnel. Cette réunion, convoquée à la demande des salariés, a vu la participation d'Arnaud Lagardère, vice-président de Louis Hachette Group, la maison mère, et de Gérald-Brice Viret, vice-président de Prisma Media.
Emmanuel Vire, délégué syndical CGT, a indiqué à l'issue de la réunion que le nombre de licenciements pourrait être révisé à la baisse, tout en maintenant l'objectif de « redimensionner » l'entreprise dans un contexte de crise des médias. Gérald-Brice Viret a pour sa part affirmé être « à l'écoute de toutes les optimisations possibles » dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), décrivant un climat « sérieux, apaisé et constructif ».
Un plan qualifié d'aberrant pour un groupe bénéficiaire
Matthieu Pace, représentant CGT, a toutefois dénoncé avec virulence ce projet, le qualifiant de « plus grand plan social de l'histoire de la presse magazine ». Il a souligné le caractère « aberrant » d'une telle mesure pour un groupe présenté comme bénéficiaire, pointant du doigt la stratégie de la sphère Bolloré, actionnaire majoritaire via Louis Hachette Group.
Le syndicaliste a établi un parallèle avec les récents événements chez Grasset, une autre maison du groupe, où le départ d'Olivier Nora a provoqué la colère de 115 écrivains refusant désormais d'y publier. « Avec un agenda pour 2027, la sphère Bolloré est entrée en action, hier chez Prisma, aujourd'hui chez Grasset », a-t-il déclaré, évoquant des contacts noués avec Hachette Livre pour « faire corps » contre ces restructurations.
Des craintes d'interventionnisme éditorial
Depuis septembre, Prisma Media est dirigé par des proches de Vincent Bolloré, alimentant les inquiétudes quant à un possible interventionnisme dans les rédactions. Le plan social touche tous les métiers et entraînera l'arrêt de certaines déclinaisons et hors-séries, comme Geo Histoire et Femme Actuelle Jeux.
Lors de la manifestation, les salariés ont brandi des pancartes au message sans équivoque : « Geo, derniers clichés avant la fin ? », « Capital, liquidation totale » ou encore « Cuisine Actuelle, ça brûle en cuisine ». Ces slogans reflètent l'angoisse palpable face à l'avenir incertain du numéro un de la presse magazine en France, dont la restructuration pourrait profondément modifier le paysage médiatique.



