Une séquestration violente pour un cryptorapt
Ce lundi 23 mars, vers 7 heures du matin, une habitante de Péchabou, en Haute-Garonne, a vécu un cauchemar. Pensant ouvrir la porte à un livreur, elle a été séquestrée pendant près d’une heure par quatre individus, dont l’un était armé d’une arme longue. Les suspects, persuadés que cette femme de 57 ans détenait des centaines de milliers d’euros en cryptomonnaie, l’ont contrainte à leur livrer les codes d’accès à 1,12 bitcoin, soit l’équivalent de 68 000 euros. Avant de prendre la fuite, ils lui ont également dérobé des bijoux. Cette somme n’a pas pu être récupérée à ce jour.
Une enquête menée par la Juridiction interrégionale spécialisée de Bordeaux
Sous l’égide de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Bordeaux, les gendarmes de la section de recherche (SR) de Toulouse ont procédé à deux séries d’interpellations. Cinq individus, âgés de 17 à 24 ans, ont été mis en examen et placés en détention provisoire. Le procureur de Bordeaux, Renaud Gaudeul, et le colonel Mikaël Petit, commandant de la SR de Toulouse, ont accepté de répondre aux questions du Point. Ils s’inquiètent de la banalisation de ces agressions et alertent sur les signaux faibles à prendre au sérieux.
Comment les malfaiteurs ont-ils identifié la victime ?
Selon Renaud Gaudeul, les suspects auraient ciblé la victime sur la foi d’informations issues d’une fuite de données de la société Waltio, une entreprise aidant les détenteurs de cryptomonnaies à faire leur déclaration fiscale. Le vol de données, survenu en janvier, concerne 50 000 clients, mais les données n’étaient pas nécessairement actualisées. Les suspects pensaient que la victime détenait un million d’euros, alors que ce n’était pas le cas. Le même mode opératoire est suspecté dans la séquestration d’une famille à Anglet le 10 avril dernier, où les individus se seraient basés sur la même fuite de données pour cibler un ancien propriétaire.
Comment les enquêteurs ont-ils retrouvé les suspects ?
Le colonel Mikaël Petit explique que les enquêteurs sont remontés jusqu’aux suspects grâce au véhicule utilisé. L’enquête de voisinage et l’analyse de la vidéoprotection ont permis d’identifier et de tracer ce véhicule. Le 30 mars, un départ très rapide en direction de Marseille puis de Nîmes a été constaté, laissant penser que les suspects partaient pour une nouvelle mission. Les enquêteurs pensent qu’ils s’apprêtaient à ouvrir le feu sur un commerce. Deux armes de guerre prêtes à l’emploi ont été retrouvées dans l’habitacle. Face à un refus d’obtempérer lors d’un contrôle, une poursuite s’est engagée, et les suspects ont abandonné la voiture pour tenter de fuir à pied. Deux individus ont été interpellés sur-le-champ, et trois autres ont été arrêtés le 4 mai dans la région de Marseille.
Quel est le profil des suspects ?
Le colonel Petit décrit des individus très jeunes, dont un mineur de 17 ans, recrutés sur les réseaux sociaux par des commanditaires via plusieurs intermédiaires. Ils peuvent venir de n’importe où en France et sont parfois rémunérés de quelques centaines d’euros seulement. Le décalage est frappant entre le gain escompté et la sanction encourue, ces agressions étant passibles de la prison à perpétuité. Certains n’ont pas de casier judiciaire, mais peuvent se montrer d’une extrême violence. Ils banalisent leurs actes et ne mesurent pas la gravité des faits.
Antécédents et liens avec la DZ mafia
Renaud Gaudeul précise que certains suspects ont des antécédents dans le trafic de stupéfiants ou les violences. L’un d’eux, un jeune majeur, a déclaré être lié à la DZ mafia, mais pas pour cette séquestration. La DZ mafia n’est donc pas suspectée d’avoir commandité l’agression, mais l’appartenance de ce suspect à l’organisation criminelle doit être confirmée ou infirmée par les investigations.
Le commanditaire toujours recherché
L’identification du commanditaire est l’objet des investigations en cours. Le plus urgent était d’intercepter les suspects pour éviter de nouvelles infractions. Ceux qui ont agi sur le terrain ne sont pas ceux qui ont tiré profit de ces agissements.
Des signaux d’alarme à ne pas négliger
La victime avait été contactée par téléphone par des individus se faisant passer pour un service enquêteur ou un membre d’une juridiction, l’interrogeant sur sa détention de cryptomonnaies. Renaud Gaudeul insiste : ce type d’appel doit être un signal d’alarme. Les détenteurs de cryptomonnaies doivent immédiatement aviser les forces de l’ordre. L’utilisation du faux livreur est une technique bien connue. Il est conseillé de ne pas ouvrir si l’on n’attend pas de livraison et que l’on n’a pas reçu un SMS de confirmation.



