Plan électrification : Stellantis va investir un milliard d'euros dans son usine de Mulhouse
Ce financement permettra de construire des voitures électriques de nouvelle génération à partir de 2029. L'usine, dont la production a baissé ces dernières années, emploie actuellement 5 000 personnes.
En France, « on n'a pas de pétrole mais on a des idées ». Cinquante ans après avoir lancé le chantier des centrales nucléaires en plein choc pétrolier, la France veut profiter de cette nouvelle crise de l'or noir, avec le conflit en Iran, pour accélérer sa transformation énergétique.
Ce mardi, l'Élysée a invité le ban et l'arrière-ban des entreprises spécialisées dans l'électricité pour appeler à la mobilisation générale. « L'enjeu, c'est de promouvoir l'électrification en France, à la fois sur la production et le raccordement, mais aussi sur les usages, exhorte-t-on à l'Élysée. Notamment dans le domaine de l'automobile. »
L'occasion pour le constructeur Stellantis d'annoncer un investissement d'un milliard d'euros dans son usine de Mulhouse (Moselle) pour produire de nouvelles générations de véhicules électriques à partir de 2029. Si au sein de l'exécutif on se réjouit de cet « investissement considérable », « une excellente nouvelle pour la production de véhicules électriques en France », ce financement intervient alors que le groupe Stellantis a annoncé la semaine dernière, son nouveau plan stratégique de 60 milliards d'euros « pour accélérer sa croissance et sa rentabilité », selon les mots du constructeur.
« 800 000 unités de moins »
Avec une priorité donnée à certaines marques du groupe, comme Jeep, Ram, Peugeot et Fiat, considérées comme d'envergure mondiale. Les autres, Citroën, Opel, Alfa Romeo, Chrysler et Dodge sont présentées comme des « marques régionales ». Surtout, dans le cadre de ce plan, Stellantis prévoit de réduire les capacités annuelles de ses usines automobiles en Europe de « plus de 800 000 unités » d'ici 2030, ce qui pourrait représenter une réduction de 20 %.
À Mulhouse, l'avenir semble donc s'écrire différemment alors que depuis quelques mois les mauvais signaux s'accumulaient. Après avoir déjà été à l'arrêt pendant une semaine fin octobre 2025, la direction de Stellantis avait ordonné au début de l'année une baisse de la production de véhicules sur le site mosellan. Quatre cents intérimaires ont ainsi vu leurs contrats interrompus, avec à la clé une réorganisation de l'unité terminale qui regroupe les lignes de ferrage, peinture, montage, la logistique et la qualité. La production des Peugeot 308 et 408, ainsi que la DS7, le modèle haut de gamme de DS, sont ainsi passées progressivement de 640 véhicules à 460 par jour.
Deux cents dirigeants d'entreprise
L'annonce d'un milliard d'euros d'investissement dans de nouveaux modèles électriques, dont les détails ne sont pas encore connus, apparaît comme une résurrection pour les 5 000 personnes qui travaillent sur le site. Ironie de l'Histoire, le site industriel, sorti de terre en 1962, produisait à ses débuts des boîtes de vitesses. Un élément dont sont dépourvues les voitures électriques.
Le rassemblement de cette « équipe de France de l'électricité » à l'Élysée, soit environ deux cents dirigeants d'entreprises, intervient après la présentation début avril, du plan électrification porté par le gouvernement. Il visait notamment à accompagner les particuliers dans l'achat de véhicules électriques ou de pompes à chaleur.
« L'idée, c'est de pousser à fond l'électrification, non plus comme une possibilité mais comme une nécessité, explique-t-on dans l'entourage de Roland Lescure, le ministre de l'Économie. Et là-dessus, la France a déjà pris beaucoup d'avance ces dernières années. »
Des annonces vont donc pleuvoir toute la journée, « un peu à la manière de Choose France, dont la neuvième édition aura lieu le 1er juin prochain à Versailles », expliquait la semaine dernière le membre d'un cabinet ministériel, en amont de la présentation du plan. Dont celle de RTE (Réseau transport électricité), qui prévoit de mettre sur la table huit milliards d'euros d'investissements supplémentaires dédiés à la modernisation des 106 000 km de lignes à haute et très haute tension du réseau national de transport de l'électricité. Ou encore EDF, qui communique sur un effort de 30 millions d'euros pour accompagner les transporteurs à acheter ou louer des camions électriques. Un montant qui s'ajoutera aux 240 millions d'euros déjà annoncés début avril pour le déploiement des pompes à chaleur (PAC).
De son côté, le fournisseur d'électricité britannique Octopus (qui avait racheté le français Plüm Énergie) investira 150 millions d'euros pour la construction d'une usine, là aussi de PAC. Dalkia, leader français de l'exploitation des réseaux de chaleur, présentera également son plan d'action pour aider les Ehpad français à sortir du chauffage au fioul. « Pour chasser définitivement le fioul des Ehpad, nous prendrons en charge, pour tous les établissements qui le souhaitent, l'étude préliminaire de géothermie de surface, précise la direction de la filiale à 100 % d'EDF. À la clé, un chauffage et un rafraîchissement 100 % bas-carbone au bénéfice de personnes vulnérables. »
240 000 bornes de recharge supplémentaires
Concernant la grande distribution, Lidl annonce un nouveau plan d'investissement de 65 millions d'euros dédié « au développement des infrastructures de recharge électrique, au déploiement du photovoltaïque et à l'électrification de sa flotte automobile ». La chaîne de magasins Leclerc booste son réseau de 3 000 points de Charge E-Lec déjà déployé partout en France. Objectif : atteindre les 10 000 points d'ici à 2030, avec des charges rapides et ultrarapides. Par ailleurs, le distributeur veut investir 2,3 milliards d'euros pour la rénovation énergétique, l'électrification de ses magasins et divers outils logistiques.
Lors de cet événement, Emmanuel Macron s'est enorgueilli de l'engagement des industriels à déployer, selon eux, 240 000 bornes de recharges supplémentaires.



