Pourquoi les Français restent-ils fidèles aux bulletins météo ?
Pourquoi les Français regardent-ils toujours la météo ?

« Demain, le ciel sera dégagé. Attendez-vous à des températures élevées sur toute la France. Il fera 30 °C à Orléans, 26 à Cherbourg et 25 à Perpignan. » Que ce soit à la radio, à la télé ou même dans les journaux papiers, le bulletin météo affiche toujours les meilleures audiences. Encore plus quand les phénomènes sont extrêmes, comme la vague de chaleur que nous connaissons en cette fin mai après un week-end de l’Ascension des plus froids. Le succès des bulletins n’est pas nouveau mais il peut interroger. Comment expliquer qu’à l’heure où la météo s’affiche en direct sur nos téléphones, nous soyons toujours si nombreux à suivre ces prévisions ?

Pour le savoir, 20 Minutes s’est entretenu avec trois noms bien connus, qui officient comme présentateur et présentatrices météo depuis plusieurs décennies. En amont du Meet-up du Forum de la météo et du climat, où ils seront présents samedi à Rennes (où il fait toujours beau), Évelyne Dhéliat (TF1), Christine Pena (France Info) et Laurent Romejko (France Télévisions) ont accepté de répondre à quelques questions. L’occasion aussi d’évoquer l’évolution du métier à l’heure du changement climatique et de la désinformation.

Un succès ancré dans le quotidien

Comment expliquez-vous que les Français soient toujours si nombreux à suivre vos bulletins ?

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Évelyne Dhéliat : Parce que la météo, c’est la vie ! C’est ça qui gère notre quotidien. C’est un sujet qui est dans toutes les discussions donc les gens s’y intéressent. Regardez en ce moment. Pour le week-end de l’Ascension, tout le monde ne parlait que du froid. Et là, maintenant qu’il va faire beau et chaud, on en parle encore.

Christine Pena : Je pense que c’est parce que ça touche au quotidien des gens. La météo détermine comment les gens vont s’habiller, ce qu’ils vont faire dans la journée ou dans le week-end. Je crois aussi que quand on touche à la météo, on aime bien comparer, pour vérifier que ce sont bien les bonnes infos. On va regarder différents sites, différentes applications. Tout le monde est un peu devenu prévisionniste. Mais j’ai la sensation que nous, on sait parler aux gens.

Des présentateurs pris pour cibles humoristiques

Vous arrive-t-il que l’on vous tienne responsable du temps quand il ne fait pas beau ?

Christine Pena : C’est mon quotidien avec les collègues. Quand il pleut, ils me disent tout le temps : qu’est-ce que tu fous Christine ? Dès qu’on me croise, on m’en parle comme si j’avais la solution. Les gens me demandent s’il va faire beau pour leur week-end ou s’il y aura de la neige quand ils iront à la montagne. C’est un vrai sujet de préoccupation.

Évelyne Dhéliat : Dans la rue, il m’arrive régulièrement que les gens me disent quand ils en ont marre du temps et me demandent si je ne peux pas y faire quelque chose. C’est de l’humour, parce qu’ils savent pertinemment que je ne peux rien y faire. Mais il m’est déjà arrivé de recevoir des courriers de personnes qui avaient écouté mes prévisions et que ça ne s’était pas concrétisé. J’avais un hôtelier de la Côte d’Azur qui m’avait écrit parce qu’on avait prévu de la pluie et que ses clients avaient annulé, alors qu’il avait fait très beau. Mais, c’était il y a longtemps.

Des prévisions plus fiables et un métier qui gagne en crédibilité

Aujourd’hui, vos prévisions sont beaucoup plus fiables…

Laurent Romejko : Les progrès technologiques ont été considérables. Quand j’ai commencé, les prévisions au-delà de deux ou trois jours, c’était très compliqué. J’ai vraiment vu le métier évoluer. Parce que les modèles informatiques ont évolué, nos connaissances aussi.

Évelyne Dhéliat : On a aussi vu évoluer l’image des cartes météo qui sont diffusées à l’écran. Avant, c’était une image fixe. Aujourd’hui, on peut voir les évolutions dans la journée. Mais on n’a pas tout révolutionné non plus. Parce que les téléspectateurs ont besoin de comprendre quel temps il fera chez eux au premier regard.

Vous êtes davantage pris au sérieux aujourd’hui que par le passé ?

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Laurent Romejko : Clairement. Quand on a commencé avec Evelyne, on ne nous accordait pas beaucoup de crédit. On parlait de la météo comme on parlait de l’horoscope. Le sujet est petit à petit entré dans l’actualité, on nous prend davantage au sérieux. On a pris un rôle de plus en plus important au fil des années. Avant la tempête de 1999, il n’y avait pas de vigilance météo. Et avant l’été 2003, il n’y avait pas d’alerte canicule. Grâce aux prévisions plus précises et aux messages de vigilance, on a des bilans humains qui sont quand même beaucoup moins lourds. On participe à une mission avec l’État pour protéger les biens et les personnes.

Christine Pena : Quand j’ai démarré ma carrière, j’étais vu comme une animatrice radio. Aujourd’hui, j’ai une carte de journaliste. Je ne suis pas météorologue mais j’ai des connaissances solides. On voit que le métier a évolué.

Le changement climatique, un défi pour les présentateurs

Le changement climatique a-t-il changé votre manière de travailler ?

Évelyne Dhéliat : Oui, parce que quand j’ai commencé, personne n’en parlait. Notre rôle, c’est aussi d’alerter les gens, de les sensibiliser. Mais on doit le faire sans les culpabiliser, en essayant de garder un côté positif.

Laurent Romejko : Notre rôle n’est pas simple. On a un rapport privilégié avec les téléspectateurs parce que la météo est un rendez-vous convivial. Mais c’est aussi devenu un sujet grave. On ne peut pas plomber le moral de tout le monde. On doit garder un rôle de vulgarisation pour faire passer des messages. Nous ne sommes ni des scientifiques, ni des militants. Nous devons trouver le bon discours. Rester abordables sans être anxiogènes.

Dans ce contexte, faites-vous attention au choix des mots que vous employez ?

Christine Pena : Oui et non. Quand il fait un temps pourri comme cet hiver, on a le droit de dire à l’antenne qu’on n’en peut plus de la pluie. J’aime garder cette légèreté, je pense que ça permet de rester proche des gens. C’est pour ça que j’emploie des mots simples.

Évelyne Dhéliat : Oui. Par exemple, je n’emploie plus l’expression « faire beau ». Il va faire beau, ça ne veut rien dire. Il va faire beau pour qui ? Pour les agriculteurs qui attendent de la pluie, ça peut être une catastrophe ? Alors que les professionnels du tourisme attendent le soleil. J’essaye de faire de l’information, d’avoir un message informatif.

Face aux climatosceptiques, des faits scientifiques

Comment faites-vous face aux climatosceptiques qui refusent de croire au changement climatique ?

Évelyne Dhéliat : La désinformation, je vais être honnête, moi je préfère l’ignorer. Nous sommes face à des évidences. Les scientifiques ne formulent plus des hypothèses, ils ont des certitudes. Les faits sont là et le climat se réchauffe, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Les climatosceptiques sont sur un chemin qui ne mène à rien. Les écouter, c’est leur donner trop d’importance.

Laurent Romejko : Il y a des délires dans le complot. Mais je pense que ça vient un peu toujours des mêmes. La climatologie aujourd’hui, elle a trente années de recul avec des appareils de mesure de plus en plus précis. Quand on parle d’une normale de saison, on s’appuie sur des données des trente dernières années. Après, on voit que certaines personnes s’informent trop sur les réseaux sociaux, sans savoir faire la part des choses entre ce qui est vrai ou pas. À mon sens, il faut répondre aux critiques par des faits établis, des vérités scientifiques.