Menton : chômage bas à 6% mais tensions de recrutement et défis pour l'avenir
Menton : chômage bas à 6% mais tensions de recrutement

Alors que les indicateurs virent au rouge à l'échelle nationale, le Mentonnais continue de faire figure d'exception. Le 13 mai 2026, les médias nationaux s'alarmaient d'un « niveau historique » du chômage en France, avec un taux dépassant les 8 %, une première depuis 2021 selon les dernières estimations de l'Insee. Sur le bassin mentonnais et dans la vallée de la Roya, le tableau apparaît pourtant bien différent.

Un taux de chômage inférieur de plus d'un point à la moyenne départementale

D'après le baromètre d'avril 2026 de la Direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS), le chômage concerne 6 % des actifs du territoire. Un chiffre inférieur de plus d'un point à la moyenne des Alpes-Maritimes, établie à 7,2 %. Une performance qui ne doit rien au hasard.

« Notre zone géographique bénéficie énormément de sa proximité avec Monaco », explique Zied Essid, directeur de la Mission Locale Est 06. « C'est également un territoire touristique qui génère des besoins constants dans la restauration, l'hôtellerie, les plages ou encore les services. »

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Même constat du côté de France Travail. Pour Sébastien Nazon, responsable d'équipe et entreprise, l'influence de la Principauté dépasse largement ses frontières. « On parle souvent de l'attractivité de Monaco, mais en réalité elle rayonne aussi sur tout le pourtour français. Nous avons ici une forme de bulle économique qui crée de l'activité dans le commerce, l'artisanat ou encore le transport. »

Selon les dernières données de France Travail, le secteur de l'hébergement-restauration représente à lui seul 22 % de l'emploi salarié sur le territoire couvrant la Carf ainsi que Beaulieu-sur-Mer, Cap-d'Ail et Villefranche-sur-Mer. Une spécialisation qui continue de soutenir le marché du travail local.

Mais d'autres domaines restent dynamiques. « Dans les métiers de l'artisanat et des services à la personne, comme la coiffure ou l'esthétique, on recense également beaucoup d'activités », observe Luisa Delpiano, élue de la Chambre des métiers et de l'artisanat sur le bassin mentonnais.

Un taux de chômage bas, mais en hausse

Derrière les bons chiffres se cachent déjà plusieurs fragilités. Le tourisme, principal moteur de l'économie locale, peine de plus en plus à recruter. « Je connais de nombreux employeurs qui ont des difficultés à trouver de la main-d'œuvre, notamment à cause du prix du logement », souligne la fondatrice de Pasta Piemonte. Car sur un territoire au taux de chômage bas, la hausse, aussi légère soit-elle, est réelle (+ 0,3 % sur les trois derniers mois, + 0,5 % sur l'année).

Luisa Delpiano explique cela par un changement des habitudes de travail depuis la crise sanitaire. « Depuis le Covid, il y a une autre vision du travail. Les gens sont plus réticents à accepter des horaires tardifs ou à travailler le dimanche. Forcément, dans une zone où les métiers de bouche sont nombreux, cela a un impact. » Elle cite l'exemple d'un glacier mentonnais qui a lancé sa campagne de recrutement dès le mois de mars pour la saison estivale. « Aujourd'hui encore, son équipe n'est pas complète. »

Au-delà des tensions de recrutement, plusieurs acteurs pointent un autre défi : celui de l'avenir des jeunes du territoire.

Un manque de formations et un retard dans les nouvelles technologies

« Il y a un vrai manque de formations dans l'est du département », estime Zied Essid. « Cela limite les possibilités de diversification, notamment pour les jeunes de l'arrière-pays. Là-bas, ils ont pas mal d'offres dans le secteur social, ce qui permet de trouver quelques débouchés. » Mais pour le reste, ce serait moins évident.

Selon lui, la baisse des financements publics aggrave encore la situation. « Beaucoup de formations sont supprimées ou réduites. Cela va forcément avoir un impact sur l'emploi dans les années à venir. » Une inquiétude partagée au niveau national. Le 27 février dernier, l'association Régions de France dénonçait une baisse de 56 % des financements de l'État destinés à la formation des demandeurs d'emploi.

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Et les difficultés sont particulièrement visibles dans les secteurs liés aux nouvelles technologies. « Le bassin mentonnais n'est pas encore suffisamment développé sur ces métiers », poursuit Sébastien Nazon. « Les jeunes qui s'y intéressent sont souvent obligés de partir pour se former ou travailler ailleurs. Et une fois qu'ils sont partis, il est difficile de les faire revenir. »

Pour ceux qui restent, l'insertion professionnelle ne passe pas toujours par le métier étudié. « Ce que l'on voit le plus, ce sont des jeunes qui ne travaillent pas dans leur domaine de formation », constate Zied Essid. « Ils se tournent vers des emplois alimentaires. Ils ne sont pas au chômage au moins, mais ce n'était pas leurs plans de vie. »

Une embellie estivale avant une rentrée plus incertaine ?

À court terme, les indicateurs devraient rester favorables. France Travail anticipe même une légère amélioration pendant la saison touristique. « Pendant l'été, nous devrions redescendre autour de 5,5 % de chômage. Ça reste une période très dynamique pour l'économie du territoire », avance Sébastien Nazon.

Mais les professionnels du secteur restent prudents. « On assiste à une baisse des offres depuis fin 2025 », conclut Zied Essid. « Je pense que le taux de chômage risque d'augmenter à la rentrée prochaine. »

Dans le bassin mentonnais, la population active représente environ 38 600 personnes. Dans 70 % des cas, les employés sont embauchés dans des contrats à durée déterminée de moins de 6 mois.