Livreurs Uber Eats et Deliveroo : 63 heures hebdomadaires et 833 km mensuels révélés par l'enquête Santé-Course
Livreurs : 63h/semaine et 833 km/mois, une réalité alarmante

Livreurs de plateformes : une réalité alarmante dévoilée par l'enquête Santé-Course

Dévoilée le 31 mars, l'enquête Santé-Course constitue une première en France, dressant un état des lieux inédit des conditions de vie et de santé des livreurs de plateformes comme Uber Eats et Deliveroo. Menée à Paris et Bordeaux par une équipe interdisciplinaire de l'Institut de Recherche pour le Développement et de l'Institut national d'études démographiques, cette étude révèle une dégradation marquée de l'état de santé directement liée à des conditions d'exercice jugées indignes.

Un travail intensif : 63 heures par semaine et jusqu'à 833 kilomètres parcourus

Les chiffres sont sans appel : les livreurs interrogés travaillent en moyenne 63 heures par semaine, avec 81% d'entre eux travaillant six à sept jours par semaine. Ceux travaillant spécifiquement pour Uber Eats parcourent environ 833 kilomètres par mois, hors trajets de retour. Malgré cette activité intense - 413 livraisons mensuelles en moyenne - les revenus restent faibles : 1 480 euros bruts mensuels, soit seulement 5,83 euros de l'heure.

Une population particulièrement vulnérable

Le profil des 1 004 livreurs interrogés entre janvier et juillet 2025 illustre une population extrêmement vulnérable :

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  • 98,8% sont des hommes
  • Plus de huit sur dix ont moins de 35 ans
  • 98,7% sont nés à l'étranger
  • 64,4% sont sans titre de séjour
  • 42,5% ont passé au moins une journée sans manger au cours de l'année écoulée

La précarité administrative se double d'une précarité économique : près des trois quarts (73,5%) louent leur compte à un tiers pour un coût moyen de 528 euros mensuels, et 91,2% des livreurs sans titre de séjour affirment qu'ils abandonneraient cette activité à temps plein en cas de régularisation.

Un accès aux soins gravement limité

Sur le plan sanitaire, les lacunes sont particulièrement inquiétantes :

  • Près d'un tiers des livreurs ne bénéficie d'aucune couverture santé
  • Un autre tiers a renoncé à des soins au cours des douze derniers mois
  • Le taux de couverture par une mutuelle reste très faible (23,6%)

Cette situation sanitaire précaire s'ajoute aux conditions de travail intensives pour créer un cercle vicieux de vulnérabilité.

Un appel urgent à l'action des pouvoirs publics

Face à ce constat alarmant, Médecins du Monde, la Maison des Livreurs de Bordeaux et la Maison des Coursiers de Paris appellent les pouvoirs publics à agir pour limiter les effets de l'ubérisation sur ces travailleurs. L'étude met en lumière une réalité sociale où précarité économique, conditions de travail intensives et accès limité aux soins s'entremêlent, nécessitant une réponse politique urgente.

Les conditions des livreurs de plateformes se sont significativement dégradées ces dernières années, révélant les limites du modèle économique des plateformes de livraison et ses conséquences humaines dramatiques. Cette enquête sans précédent devrait servir de base à une réflexion approfondie sur la protection des travailleurs de l'économie des plateformes en France.

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