À l'approche de la Coupe du monde de football 2026, les professionnels de santé tirent la sonnette d'alarme : les consultations pour addiction aux paris sportifs augmentent de façon spectaculaire chez les jeunes. Selon une étude récente, le nombre de jeunes de 15 à 25 ans consultant pour ce motif a bondi de 40 % en un an. « On voit arriver de plus en plus de jeunes en consultation à cause des paris sportifs », explique le Dr. Marc Valleur, psychiatre spécialiste des addictions à l'hôpital Marmottan à Paris.
Une explosion des mises chez les adolescents
Les chiffres sont édifiants : en 2023, près de 12 % des adolescents français âgés de 15 à 17 ans ont déjà parié au moins une fois, contre 7 % en 2020. Cette progression est notamment portée par la multiplication des applications de paris sportifs et la publicité massive lors des grands événements sportifs. « Les jeunes sont particulièrement vulnérables car leur cerveau est encore en développement, ce qui les rend plus sensibles aux mécanismes de récompense immédiate », souligne le Dr. Valleur.
Les paris en ligne représentent désormais 80 % des mises des moins de 25 ans, contre 60 % il y a cinq ans. Les montants engagés sont également en hausse : le montant moyen des mises chez les 18-24 ans est passé de 15 euros à 25 euros en deux ans.
Des conséquences psychologiques et financières graves
Les addictions aux paris sportifs entraînent des conséquences lourdes : endettement, échec scolaire, dépression, et parfois des passages à l'acte suicidaire. « Nous voyons des jeunes qui perdent plusieurs centaines d'euros par mois, certains empruntent à leurs proches ou volent pour pouvoir continuer à parier », alerte le Dr. Valleur. Une enquête menée auprès de 500 jeunes suivis pour addiction aux jeux d'argent montre que 30 % d'entre eux ont déjà eu des pensées suicidaires.
Les autorités sanitaires s'inquiètent particulièrement de l'impact du Mondial 2026, qui devrait amplifier le phénomène. « Chaque grande compétition sportive entraîne un pic de consultations », confirme le Dr. Valleur. En 2022, lors de la Coupe du monde au Qatar, les appels à la ligne d'aide Joueurs Info Service avaient augmenté de 25 %.
Des mesures de prévention insuffisantes
Malgré l'interdiction de la publicité pour les paris sportifs pendant les heures de grande écoute, les jeunes restent exposés via les réseaux sociaux et les influenceurs. « Les opérateurs de paris utilisent des mécanismes très agressifs, comme les bonus de bienvenue ou les paris gratuits, qui ciblent directement les jeunes », dénonce le Dr. Valleur. Les associations de lutte contre l'addiction réclament un durcissement de la réglementation, notamment l'interdiction totale de la publicité pour les paris sportifs et l'instauration d'un âge minimum de 21 ans pour pouvoir parier.
En attendant, les professionnels de santé appellent les parents à être vigilants et à dialoguer avec leurs enfants sur les risques des paris sportifs. « Il est essentiel de repérer les signes d'alerte : changements d'humeur, isolement, demandes d'argent fréquentes », conclut le Dr. Valleur.



