À Marseille, les habitants du Vallon des Auffes se mobilisent contre un sixième restaurant
Marseille : Vallon des Auffes contre nouveau restaurant

Une eau turquoise qui invite à la baignade. Quelques filets de ce qu’il reste de pêcheurs artisanaux bordent le quai surplombé par la corniche Kennedy. Une rangée de bars et restaurants, certains parmi les plus connus de Marseille. Et puis la mer, aussi loin que l’horizon ne laisse la voir. Au registre des cartes postales marseillaises, difficile de faire mieux que le vallon des Auffes. Le lieu figure au top de tous les guides touristiques, même si quelques instagrameurs en mal de clics en parlent comme d'« un lieu secret » de Marseille.

Si tel était encore le cas, une vingtaine de ses habitants ne se seraient pas réunis, ce vendredi midi, sous une banderole « Non à l’ouverture d’un sixième restaurant ». Ils dénoncent les nuisances sonores et incivilités inhérentes à la fréquentation croissante de ce petit port tout à fait pittoresque situé au cœur d’une ville de 800.000 habitants, dans le sillage d’une explosion touristique de la ville cette dernière décennie.

« Le soir on peut compter jusqu’à 400 ou 500 personnes et certains s’attardent dans la nuit, assis avec leur mini-enceinte, sur les quais, la digue ou autour du bassin de baignade », regrette Fabienne, qui accuse : « On nous parle de tourisme et de ville durable, on en fait des colloques, et ce nouveau lieu va amener encore plus de monde. » « Ceux qui se tiennent bien sont les bienvenus mais ça suffit maintenant. Il y a de plus en plus de monde, et tellement qu’on dirait des sardines », prolonge Serge, 72 ans, qui est né et a passé sa vie ici avant de batailler contre les « verres cassés, les bouteilles abandonnées et les mégots balancés ».

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Des cabanons de pêcheurs transformés en Airbnb

« On est sinistrés par le tourisme », poursuit Guy, qui y a acquis il y a plus de quarante ans un petit cabanon face à la mer pour y vivre. Lui date le début des problèmes à l’ouverture, voilà une dizaine d’années, du bar Viaghiji Di Fonfon, attenant à l’historique restaurant marseillais Chez Fonfon où des générations de Marseillais sont venues manger une bouillabaisse, pour les grandes occasions. « Ça nous a attiré toute la misère de Marseille », souffle le retraité.

Dans le même temps, le quartier s’est vidé de ses habitants. « On était encore 400, il n’y a pas si longtemps, nous ne sommes plus que 150 », explique Patrick, en coupant quelques tomates depuis sa terrasse, voisine de celle du bar. « Mais peut-on en vouloir aux pêcheurs qui ont vendu leur vieux cabanon de 30 m2 500.000 euros pour en faire des Airbnb ? », demande l’ancien avocat qui pointe la rangée d’appartements aux volets fermés lui faisant face. « Un lieu culturel et artistique oui, encore un restaurant, c’est non », tranche-t-il.

Et tous ici se demandaient ce qu’allait devenir ce petit ensemble d’un immeuble de deux étages et d’un vieux hangar désaffecté, ancien chantier naval de barquettes marseillaises, reliquat d’un passé ouvrier. Un bâtiment qui est revenu au patrimoine de la ville en 1928, renseigne la mairie à 20 Minutes. « On ne peut pas laisser des biens vides et sans destination continuer de se dégrader », réagit Audrey Gatian, adjointe au maire de Marseille déléguée à l’urbanisme. L’élue assure « entendre les critiques du surtourisme, qui concerne le littoral. C’est une carte postale, un lieu remarquable et c’est à nous, mairie de Marseille, de valoriser le patrimoine avec quelque chose qui a du sens et qui correspond au quartier ».

Résidences d’artistes et restauration

Dans son appel à projet, la municipalité a exigé « un lieu culturel et convivial ouvert sur le quartier ». En proposant des hébergements pour artistes en résidence, avec une salle d’exposition d’un côté, et un espace halle gourmande avec restauration et un rooftop de l’autre, l’entrepreneur Michel Athenour a raflé la mise.

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Venu échanger ce vendredi avec les habitants mécontents, ce dernier, s’il s’attendait à « quelques réactions, voire oppositions », dit-il à 20 Minutes, ne pensait pas rencontrer un refus catégorique et intégral de la part de certains habitants. Au cours d’une vive discussion, Michel Athenour a tenté de les rassurer, arguant qu’il n’y aura pas de musique et qu’il n’est pas venu ici faire « un coup immobilier », avec un projet pour l’heure chiffré à « plus d’un million d’euros ». Certains écoutent, d’autres jurent « qu’ils iront jusqu’au bout ».

Parfois, le ton monte et le quartier retrouve, un instant, une relative authenticité où les verbes hauts s’échangent avec l’accent chantant. Des habitants ont même imaginé un contre-projet, proposant notamment des sanitaires publics, qui manquent assurément ici.

« Parfois le Marseillais est pire que le pire des touristes »

Dans cette agitation bien matinale pour le vallon des Auffes, des touristes de passage avec leur guide restent cois. « Vous savez, je suis Corse. Alors le ras-le-bol des touristes je comprends », dit l’un d’eux avant de rattraper son groupe. Assis au café, Oscar et Romain, tout juste 20 ans, profitent de leur jour de pause. Amis d’enfance, les deux jeunes hommes travaillent dans la restauration, mais pas ici.

« Il y a le bon et le mauvais touriste, et parfois le Marseillais est pire que le pire des touristes. Mais je ne crache pas dessus parce que le tourisme, c’est ce qui me fait travailler. Bon, après c’est comme habiter La Plaine ou Estienne-d’Orves, si tu es gêné par le bruit, les bars, les restaurants, tu n’habites pas là », conclut Oscar, trop jeune pour avoir connu l’époque où Marseille n’était pas entrée dans les classements internationaux des meilleures destinations touristiques et que regrettent, d’évidence, certains de ses habitants.