Explosion des frais de scolarité pour les étudiants étrangers : la fronde s'organise dans les universités montpelliéraines
À l'appel d'une dizaine de syndicats, une action a été menée ce mardi sous les fenêtres du Rectorat. À Montpellier, étudiants et enseignants restent mobilisés contre le projet de hausse des frais d'inscription pour les étudiants extracommunautaires, porté par le gouvernement. Ils dénoncent une sélection par l'argent et craignent des conséquences sociales et administratives pour les étudiants étrangers déjà en cours de cursus.
"Ils se vantent de vouloir des universités plus attractives et nous pondent une mesure raciste. Dire qu'ils ont osé appeler leur plan 'Bienvenue en France'… C'est une insulte faite à tous les étudiants !" La colère monte, dans les universités montpelliéraines, depuis l'annonce faite le 20 avril dernier par le ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche Philippe Baptiste. Elle s'est exprimée bruyamment ce mardi 12 mai sous les fenêtres du Rectorat, à Montpellier, à l'occasion d'un rassemblement organisé par une dizaine d'organisations syndicales représentant étudiants, enseignants et personnels des universités. L'objet de leur courroux : le projet de décret sur les frais d'inscription des étudiants extracommunautaires.
Ce que dit le projet de décret
En détail. Depuis 2019 et le lancement du plan "Bienvenue en France", le gouvernement a instauré un modèle de droits d'inscriptions différenciés pour les étudiants internationaux hors Union Européenne. Un modèle jusqu'alors peu appliqué puisque le choix était laissé à la discrétion de chaque université. Le 20 avril dernier, le ministre Philippe Baptiste a présenté un projet de décret prônant une application stricte des frais différenciés. Une fin quasi-totale des exonérations, puisque le projet les plafonnait à 10 %, notamment pour respecter des accords existants entre établissement.
Face à la levée de boucliers du monde universitaire, le gouvernement a légèrement revu sa copie ce mardi 12 mai. Il propose désormais d'atteindre progressivement le chiffre de 20 % maximum d'étudiants étrangers extracommunautaires exonérés de frais d'inscription dans chaque université : 30 % à la rentrée 2026, 25 % en 2027 puis 20 % en 2028.
2 895 € la licence, 3 941 € le master
"Le premier projet présenté ferait passer les frais d'inscriptions en licence à 2 895 €. 3 941 € en master. Quel étudiant étranger a aujourd'hui les moyens de débourser cette somme pour venir étudier en France ?", dénonce Thierry Guillet, professeur de physique à l'Université de Montpellier. "Sur la faculté des Sciences, 23 % des étudiants sont étrangers. Environ 2 000 viennent de pays hors Union Européenne. On a des jeunes méritants, qui ont déjà fait une partie de leur cursus à Montpellier, et à qui on vient d'obscurcir l'avenir s'ils ne peuvent pas sortir la carte bleue…"
Étudiant à l'université Paul Valéry, Paul est membre du Réseau universités sans frontières (RUSF). Le collectif s'est donné pour mission d'accompagner les étudiants étrangers et recueille depuis quelques semaines des témoignages inquiets. "Ils sont perdus et ils ont peur. Une partie de ces étudiants internationaux a appris il y a quelques semaines qu'elle serait exclue des APL (les aides au logement, NDLR) à la rentrée prochaine. Maintenant il y a cette annonce sur l'augmentation énorme des frais de scolarité. Sachant que certains titres de séjour dépendent d'une inscription à l'université, on se retrouve face à des situations administratives très complexes et une vraie souffrance."
"L'État cible les plus précaires et met en place une sélection par l'argent"
Dans les rangs des mobilisés, on dénonce également le timing – en pleine période d'examens et à quelques semaines de la fin des cours – et on suspecte derrière cette "préférence nationale et européenne" une stratégie politique à un an des élections présidentielles. Mais aussi un premier pas vers la fin du modèle de gratuité des universités. "En s'attaquant aux étudiants internationaux extracommunautaires, l'État cible les plus précaires. Elle met en place une sélection par l'argent qui doit inquiéter tous les étudiants, quelle que soit leur situation", analyse Théo, représentant des étudiants au sein du conseil d'administration du Crous Montpellier et adhérent au Scum. Il y a quelques jours, le syndicat universitaire a installé un stand avec un téléphone à disposition, "pour que les étudiants puissent appeler le ministère de l'Enseignement supérieur et lui faire part directement de leur mécontentement !". Malgré les assouplissements consentis par le gouvernement, étudiants et enseignants se préparent déjà à de futures actions.



