Dans un entretien au Point, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz, connue pour ses travaux sur le capitalisme émotionnel, livre une analyse saisissante de notre époque. Selon elle, nos émotions et notre subjectivité sont devenues des marchandises comme les autres, exploitées par le système économique.
Le capitalisme émotionnel
Eva Illouz explique que le capitalisme a réussi à intégrer les émotions dans la sphère marchande. Les sentiments, autrefois considérés comme personnels et intimes, sont aujourd'hui monnayés, standardisés et utilisés à des fins de profit. Les réseaux sociaux, les applications de rencontre ou encore le marketing émotionnel en sont des exemples frappants.
« Nos émotions sont devenues des ressources que l'on peut extraire, mesurer et vendre », affirme-t-elle. Cette marchandisation touche tous les aspects de la vie : du travail, où l'on exige de plus en plus d'intelligence émotionnelle, à la vie privée, où les sentiments sont mis en scène et partagés sur les plateformes numériques.
La subjectivité comme produit
La sociologue souligne que notre subjectivité elle-même est devenue un produit. Nous sommes incités à raconter notre histoire personnelle, à exposer nos vulnérabilités et à construire une marque personnelle. Cette exposition permanente transforme l'intime en spectacle et en source de revenus potentiels.
Eva Illouz met en garde contre les conséquences de cette évolution : une aliénation accrue, une perte d'authenticité et une fragilisation des liens sociaux. Elle appelle à une prise de conscience collective pour résister à cette marchandisation de l'humain.
Cet entretien, publié dans la rubrique Postillon du Point, offre une réflexion profonde sur les dérives du capitalisme contemporain et invite à repenser notre rapport aux émotions.



