Les démonstrateurs de la Foire de Bordeaux séduisent malgré la concurrence en ligne
Démonstrateurs de la Foire de Bordeaux : le charme du direct

Indispensables de l’ambiance de la Foire de Bordeaux, les démonstrateurs continuent d’attirer de nombreux clients malgré la concurrence de la vente en ligne. Ils sont une vingtaine, les yeux grands ouverts, à regarder la démonstration de William Simon. Son râpeur trancheur dans les mains, il déroule sa prestation, prend les clients à partie et enchaîne les blagues. « Ça nous rappelle l’ambiance des foires à l’ancienne », glisse Pascal, de Talence, venu pour la journée et conquis par la prestation. Comme une dizaine d’autres curieux, il déboursera 40 euros pour repartir avec l’ustensile, son presse-agrume et son économe offert.

Un métier ancestral

À la Foire internationale de Bordeaux, ils font partie de l’environnement, font vivre l’âme du lieu. Certains les appellent « démonstrateurs » ou « camelots », d’autres « bonimenteurs », un terme qui ne plaît pas à tout le monde. « Il y a le mot menteur dedans ! » en sourit un exposant. « Nous sommes l’un des métiers les plus anciens du monde », témoigne fièrement Thomas Poulet aux abords de son stand. Lui vend des raclettes à vitre depuis 2014, un métier qu’il a appris sur le tas, au fil des rencontres. Sa prestation, qui dure environ cinq minutes, est parfaitement rodée.

Un spectacle théâtral

« De l’eau et du liquide vaisselle, c’est tout ce qu’il vous faut. On arrête les chiffons et on passe à la raclette en silicone. En un coup, les vitres, miroirs et baies vitrées sont nickels », récite le commerçant, qui connaît son texte par cœur. Et rien de mieux qu’une démonstration pour convaincre : sur sa vitre, il essuie ses doigts pour laisser de belles traces. Un coup de raclette plus tard, elle brille à nouveau. « Ça marche aussi avec les pattes de chiens », glisse-t-il avec un sourire.

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La promotion fait aussi partie du spectacle. Sur les différents sites internet, la grande et la petite raclette, le chiffon microfibres et la rallonge pour les baies vitrées sont vendues séparément à plus de 100 euros. Sur le stand de la Foire, le pack complet est à 49 euros. « Ils ne peuvent pas truquer la démonstration face à nous, on se rend compte si ça fonctionne réellement », explique Joëlle, venue de Parempuyre, et qui repart avec son pack sous le bras.

Un contact humain essentiel

Un contact humain entre le vendeur et le client qui n’existe pas si l’on achète le produit en ligne. « Il y a évidemment un côté théâtral, qui plaît aux gens, il faut qu’ils passent un bon moment et nous aussi. Si on ne s’amuse pas, on ne vend pas », assure Thomas Poulet.

Et il y en a pour tous les goûts dans les allées de la Foire : quand certains se renseignent pour un nouveau coupe-branche, d’autres testent un fauteuil massant ou un aspirateur-nettoyeur à vapeur, à l’écoute des discours des commerçants. Tony vend, lui, depuis sept ans, une solution pour effacer les rayures sur les voitures. Créé par un carrossier, le produit a remporté la médaille de bronze au prestigieux Concours Lépine qui récompense chaque année les meilleures inventions. « Mais c’est magique ! » s’étonne une passante en regardant la démonstration. « Non, c’est chimique », lui rétorque le professionnel, ce qui réussit à la convaincre pour repartir avec son kit à 20 euros.

Un contexte économique tendu

Si les stands sont assez remplis et que les produits semblent bien s’écouler, le contexte économique tendu n’épargne pas ces vendeurs ambulants. « Pour ma part, c’est environ 40 % de chiffre en moins que l’année dernière, détaille Thomas Poulet. Nous ne vendons pas de produits de première nécessité, les gens peuvent faire l’impasse, et le panier moyen diminue. »

« Il faut réussir à créer une émotion, à convaincre plus rapidement et vendre plus de produits en une seule démonstration », explique de son côté William Simon, le vendeur de râpeur trancheur. La fréquentation des foires est en baisse, face à la concurrence de la vente en ligne.

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Les réseaux sociaux comme nouvelle vitrine

Mais l’omniprésence actuelle des réseaux sociaux a offert une nouvelle visibilité aux démonstrateurs, qui mettent en avant leurs performances et leurs produits, et peuvent toucher une nouvelle clientèle. « C’est de la publicité gratuite pour nous, on n’a plus besoin de grand panneau d’affichage », lâche en souriant Thomas Poulet. La plupart profitent aussi de leur réputation, souvent forgée au fil du temps. Franck revend depuis quarante ans des mandolines professionnelles d’une marque allemande, dont la renommée n’est plus à faire. Pas besoin de démonstration pour convaincre Sébastien, 53 ans. « Ma belle-mère à la même depuis des années, c’est un super produit », assure le Bordelais, qui débourse tout de même 200 euros pour deux kits complets. « Les gens connaissent l’ustensile, ils se le transmettent de génération en génération. Quand vous signez chez moi, c’est pour quarante ans ! », conclut Franck.