Face à la perspective d'une nouvelle loi jugée favorable à l'industrie agroalimentaire, la grande distribution a lancé ce mardi une vaste opération de transparence sur les prix. L'initiative, qui concerne les principaux groupes du secteur (Carrefour, Leclerc, Système U, Intermarché et Casino), vise à afficher en magasin et en ligne la répartition du prix de vente entre le coût des matières premières, la transformation, le transport et la marge du distributeur.
Une initiative préventive
Selon une source proche du dossier, cette opération est une réponse directe aux craintes d'un projet de loi qui renforcerait le pouvoir de négociation des industriels au détriment des distributeurs. « Nous voulons montrer que les prix sont justes et que ce sont les industriels qui augmentent leurs marges », a déclaré un porte-parole de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).
Les distributeurs espèrent ainsi peser dans les débats parlementaires à venir, alors que le gouvernement prépare un texte visant à mieux répartir la valeur ajoutée dans la filière agroalimentaire. Selon une étude de l'Insee, la part des distributeurs dans le prix final des produits alimentaires a augmenté de 2 points entre 2015 et 2020, tandis que celle des industriels a progressé de 4 points.
Des chiffres concrets
Pour illustrer leur démarche, les distributeurs ont publié des exemples concrets. Sur un paquet de pâtes vendu 1,20 euro, le coût du blé représenterait 0,15 euro, la transformation 0,35 euro, le transport 0,10 euro, la marge du distributeur 0,20 euro et celle de l'industriel 0,40 euro. « Les consommateurs doivent savoir qui gagne quoi », a insisté le président de Leclerc, Michel-Édouard Leclerc, dans un entretien à France Info.
Cette opération intervient alors que l'inflation alimentaire reste élevée, à +8,5% sur un an en mai, selon l'Insee. Les associations de consommateurs, comme UFC-Que Choisir, saluent l'initiative mais appellent à la prudence : « La transparence est une bonne chose, mais elle doit être encadrée pour éviter la manipulation des données », a déclaré sa présidente, Marie-Amandine Stévenin.
Réactions de l'industrie agroalimentaire
De son côté, l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) a dénoncé une « opération de communication » qui occulte les réalités économiques. « Les distributeurs ont une marge nette moyenne de 3% quand les industriels sont à 2% », a rétorqué son délégué général, Jean-Philippe André, citant des données de la Banque de France. « Cette transparence sélective ne trompera personne. »
Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a salué « un effort de pédagogie bienvenu », tout en rappelant que la future loi visera à « équilibrer les relations commerciales » et à « protéger le pouvoir d'achat des Français ». Une consultation publique est prévue avant l'été.



