Dans son atelier d'Alès, le luthier Lucas Farenc façonne ses guitares à la main, mais doit désormais composer avec la facturation électronique et la transition numérique. La Chambre de métiers et de l'artisanat (CMA) du Gard était à ses côtés pour l'aider à relever ces défis.
Un savoir-faire artisanal face aux nouvelles contraintes
Dans l'atelier de Lucas Farenc, impasse de la montée de Silhol, le bois se transforme sous ses doigts. Le luthier, formé à Mirecourt, travaille à l'œil, sans patron, adaptant chaque guitare aux besoins du client. "Je préfère faire des guitares classiques, mais ici, à Alès, les gens sont plutôt rock", confie-t-il. Ils sont moins de 300 luthiers en France, dont une quinzaine dans le Gard.
Sur l'établi, des essences de bois du monde entier : palissandre, cèdre, érable. Chaque pièce est choisie et travaillée avec soin. La table d'harmonie, fine plaque de bois, est décisive pour le son : "C'est elle qui produit le son. Les cordes transmettent la vibration, mais 80 % du son vient de là", explique-t-il. Le trou, lui, "sert juste à expulser l'air". Un savoir-faire précis, difficilement modélisable.
Des artisans confrontés à des obligations administratives
Mais ce métier de passion se heurte à des exigences nouvelles : facturation électronique, obligations administratives, transition numérique. "On n'est pas formés à ça", reconnaît Lucas Farenc, plus à l'aise avec le bois qu'avec les logiciels. Xavier Perret, président de la CMA du Gard, présent lors de la visite, comprend cette difficulté. "Les artisans sont des gens qui construisent leur propre royaume. Vous êtes dans votre monde, que vous maîtrisez, avec vos outils, vos règles", observe-t-il.
La CMA se positionne comme un relais essentiel. "Notre rôle, c'est d'apporter des solutions, des pistes concrètes", insiste Xavier Perret. Formations courtes, accompagnement individuel, mise en relation avec des prestataires : l'objectif est de permettre aux artisans de s'adapter sans se détourner de leur cœur de métier. "Il ne faut pas rester seul face à ces évolutions", ajoute-t-il.
Un équilibre à trouver entre tradition et modernité
Pour beaucoup d'artisans, le risque est de voir le temps administratif prendre le pas sur le temps de création. Dans l'atelier, une guitare en cours de fabrication attend ses derniers ajustements. Entre exigences nouvelles et savoir-faire ancien, Lucas Farenc continue à travailler à l'œil, cherchant un équilibre qui ne se calcule pas toujours.
L'artisanat indépendant conjugue passion et adaptation. La CMA du Gard, en accompagnant les artisans comme Lucas Farenc, contribue à préserver un savoir-faire unique tout en les aidant à intégrer les contraintes du numérique. Une nécessité pour que le geste maîtrisé ne soit pas étouffé par la paperasse.



