À quelques jours de la finale du Top 14 entre le Stade Toulousain et le Montpellier Hérault Rugby, un fossé se dessine dans les coulisses : celui de la formation. D'un côté, le club haut-garonnais, champion de France à 24 reprises, investit chaque année un million d'euros dans son association en charge de l'école de rugby, des espoirs et des féminines. De l'autre, le MHR ne versait jusqu'à récemment que 2 000 euros par an à son association, un montant jugé « ridiculement petit » par les observateurs, même si le président Mohed Altrad comble les déficits de sa poche.
Le système JIFF a changé la donne
Depuis 2018, le Top 14 impose à chaque club d'aligner une moyenne de 16 joueurs issus de la formation française (JIFF) par feuille de match. Cette mesure, visant à renforcer l'équipe de France, a porté ses fruits. Le Stade Toulousain, qui n'a jamais cédé au « rugby bling-bling », a été un moteur de cette politique. En demi-finale contre le Racing 92 (71-17), 13 des 23 joueurs alignés étaient formés au club, contre 7 pour Montpellier face au Stade Français. Sur les 36 joueurs de l'effectif professionnel toulousain, 21 sont issus du centre de formation, dont les emblématiques Ntamack, Marchand, Ramos, Mauvaka ou Cros. À Montpellier, sur 40 pros, seulement 10 sont formés au club, avec des noms comme A. Vincent, Darmon, Haouas, Duguid ou Nouchi.
Un budget formation en décalage
La différence se creuse aussi sur le plan financier. Bordeaux-Bègles, autre club vertueux, donne 500 000 euros par an à son association. Montpellier, sous l'ancienne gouvernance, a perdu 1,3 million d'euros entre 2020 et 2024. Serge Guisepin, nommé par Altrad pour redresser les comptes, explique : « Les besoins sont de 350 000 euros pour maintenir un niveau indispensable à l'équilibre du projet. » Une nouvelle convention est en cours de discussion, mais les relations se sont tendues en raison de la proximité de Guisepin avec la Métropole de Montpellier, elle-même en conflit avec Altrad.
Des progrès récents chez les jeunes
Malgré tout, Montpellier a remporté les titres de champion de France cadet Alamercery (2025) et crabos (2026), grâce à une génération 2009 prometteuse. Ce succès est le fruit du travail de Joan Caudullo (directeur du centre de formation de 2020 à 2024) et de son successeur Damien Florio. La cellule de recrutement, dirigée par Damien Bruno et Christophe Malaret, vise à ce que les jeunes deviennent rapidement des numéros 2 ou 3 au poste pour limiter les recrutements extérieurs. « Il ne faut pas que la source se tarisse. La formation des joueurs est primordiale », insiste Serge Guisepin. Le retard commence à peine à être rattrapé, mais le chemin reste long face à la machine toulousaine.



