À quelques jours de la fin de la concertation publique sur le projet de réaménagement de la RN 88 entre l’A75 et Barjac, la contestation monte chez les agriculteurs lozériens. À Palhers, les exploitants du Gaec des Pieds de Moutons estiment que les variantes nord menacent directement leur activité et, plus largement, l’avenir de l’agriculture locale.
Un projet vieux de plus de 20 ans
L’aménagement de la RN 88, projet vieux de plus de 20 ans et véritable serpent de mer, ravive les tensions en Lozère. Plusieurs scénarios présentés par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) ont été soumis à la concertation publique. Les tracés orange et rouge traversent la ferme des Pieds de Moutons.
Sur les deux tracés nord, une dizaine d’exploitations agricoles sont menacées par cette nouvelle route. C’est notamment le cas de la ferme en Gaec Des Pieds de Moutons sur la commune de Palhers. “Ils ne risquent pas de passer par les coteaux. À part nos prairies, il y a très peu de réserve foncière. Le tracé n’est pas encore précis, mais on est sûr de perdre au moins 60 hectares. On perdra en capacité de production, en pâturage et en récolte”, soupire Hervé Solignac.
Un passage à niveau pour les bêtes
“Vous imaginez, on devra créer une sorte de passage à niveau sur la route pour faire traverser nos bêtes d’un champ à un autre. Cela risque d’être compliqué”, poursuit-il. Les deux tracés nord passeraient sur l’exploitation. Interrogés sur les conséquences qu’aurait l’approbation de l’un des deux projets, les deux frères affirment que celle-ci pourrait compromettre la pérennité de leur exploitation. Si le projet est, à l’issue de la procédure, déclaré d’utilité publique, l’État pourra engager des procédures d’expropriation afin d’acquérir les terrains nécessaires à sa réalisation.
Investissements gelés et installations menacées
“On a considérablement ralenti nos investissements, on devait rénover des bâtiments mais on préfère attendre”, explique Samuel Solignac. Ils affirment que ce projet risquerait de ralentir la dynamique actuelle dans le bassin de vie, où de plus en plus de jeunes s’installent en agriculture. Récemment, Nathan a rejoint les deux frères au Gaec. Lui-même fils d’éleveur, il explique : “En face de la ferme, d’autres jeunes se sont installés, en général les enfants reprennent les exploitations des parents mais ce projet risque de freiner les installations et les activités agricoles du coin”.
Avec le tourisme, une grande partie de l’économie du département repose sur l’agriculture. En plus de compromettre l’avenir des fermes avoisinantes, les deux tracés nord passeraient sur le chemin Urbain V, prisé des touristes.
Un gain de temps contesté
D’autant plus que, selon eux, le temps gagné et la mise en sécurité ne justifient pas cet aménagement alors que “la route fonctionne très bien”. Samuel ironise : “C’est un sacré gain de temps, deux minutes de route pour plusieurs millions !” D’autant plus que ces deux variantes nord, comme celle du sud, présentent de forts enjeux géotechniques en raison de la présence de grands remblais, susceptibles de fragiliser la stabilité du terrain et de compliquer les travaux.
Une concertation publique jusqu’au 12 juillet 2026
“On a le sentiment que cet investissement n’est pas pour les Lozériens, mais pour faciliter le trafic de ceux qui traversent le département. Actuellement, 75 % des véhicules sur la RN88 sont sans origine ni destination sur le secteur”, détaille Samuel. D’ici au 12 juillet 2026, les habitants sont invités à donner leur avis dans le cadre de la concertation publique. À son issue, l’État devra arrêter son choix sur le scénario retenu, en tenant compte des contributions recueillies. Une décision attendue de pied ferme par les agriculteurs concernés, qui espèrent encore voir le tracé évoluer.



