Moulin d'Opio : des oléiculteurs dénoncent la vente de produits non locaux dans la boutique
Moulin d'Opio : des producteurs locaux s'opposent à la boutique

Moulin d'Opio : la boutique rouverte divise les producteurs locaux

La réouverture récente de la boutique du Moulin d'Opio, dans les Alpes-Maritimes, a ravivé des tensions profondes au sein de la communauté agricole locale. Des oléiculteurs de la région dénoncent avec véhémence ce qu'ils considèrent comme une dérive commerciale, accusant la structure gestionnaire de trahir l'esprit initial du projet de sauvegarde du moulin.

Une contradiction flagrante entre les discours et les actes

Annette et Erwann Le Négrate, exploitants du domaine du Piechal à Châteauneuf-Grasse, ont pris publiquement position sur les réseaux sociaux pour exprimer leur désaccord. « Nous ne pouvons soutenir les agissements actuels de la SCIC via la réouverture de la boutique du Moulin d'Opio », ont-ils écrit. Pour ces producteurs engagés, qui ont planté des centaines d'oliviers et obtenu l'AOP olives de Nice, la vue de semi-remorques déchargeant des olives provenant d'autres régions a été un choc.

« Il y a une contradiction totale entre l'intention affichée de faire du local et le fait de faire venir des produits d'ailleurs. Cela me paraît être une dérive. C'est comme si on faisait le choix du tourisme contre l'agriculture... », s'indigne Erwann Le Négrate. Cette pratique d'achat-revente de produits non locaux est perçue comme une trahison des valeurs de proximité et de soutien à la filière oléicole locale, pourtant au cœur du projet de rachat du moulin par la collectivité.

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La position ferme de la chambre d'agriculture

Jean-Philippe Frère, oléiculteur et vice-président de la chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes, va encore plus loin en remettant en cause l'existence même de la boutique. « Une collectivité n'est pas là pour faire du business. Une collectivité agit pour le bien commun », affirme-t-il. Il estime que les 3,8 millions d'euros investis par la communauté d'agglomération Sophia Antipolis (Casa) auraient pu être utilisés différemment pour soutenir durablement la filière.

Il pointe également un impact économique direct : « Quand la boutique était fermée, il faut savoir que les ventes des locaux ont augmenté de 15 %. Là elles vont en prendre un coup… ». Pour lui, la boutique, en proposant des produits concurrents, nuit aux agriculteurs locaux au lieu de les promouvoir, alors que des animations éducatives sur la culture de l'olive auraient pu être privilégiées.

Les gestionnaires et la collectivité défendent leur approche

Face à ces critiques, Jean-Philippe Alfonsi, président de la SCIC Les Ferrages, gestionnaire du site, répond point par point. Concernant l'approvisionnement en olives extérieures, il explique que cette décision a été rendue nécessaire par une saison désastreuse localement, obligeant à se fournir dans le département voisin des Alpes-de-Haute-Provence. « On ne s'en cache pas en boutique », assure-t-il.

Il regrette surtout un manque de dialogue : « Nous avons proposé à Erwann Le Negrate et Jean-Philippe Frère de nous rejoindre mais ils ne l'ont pas souhaité. C'est dommage car nous pourrions fonctionner ensemble. Aujourd'hui encore, nos portes leur sont ouvertes… ». Il rappelle que la boutique, dont le fonctionnement permet de régler le loyer à la Casa, était prévue dans le cahier des charges et que des animations pédagogiques, comme la cueillette des olives avec des enfants, sont bien programmées.

De son côté, l'agglomération Sophia Antipolis réaffirme que l'achat du Moulin d'Opio il y a deux ans avait pour objectif de soutenir toute la filière oléicole, professionnelle et amateure. Elle justifie le choix de la SCIC Les Ferrages comme gestionnaire et souligne que l'activité commerciale de la boutique n'est pas une nouveauté, puisqu'elle existe depuis 1969, sous l'ancienne propriétaire.

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Un débat qui dépasse le simple cadre commercial

Cette polémique soulève des questions fondamentales sur l'avenir du Moulin d'Opio. Sauvé de la disparition par une intervention publique coûteuse, doit-il être avant tout un lieu de transmission de la culture et des savoir-faire locaux, ou un espace commercial nécessaire à sa viabilité économique ? Les producteurs locaux craignent que la logique touristique et commerciale ne prenne le pas sur le soutien à l'agriculture de proximité.

Le conflit met en lumière les difficultés de concilier préservation du patrimoine, soutien économique aux agriculteurs et impératifs de gestion financière. Alors que le moulin tourne à nouveau, son âme et sa vocation font l'objet d'une bataille idéologique entre partisans d'un localisme strict et défenseurs d'une approche plus pragmatique, incluant des produits extérieurs pour assurer la pérennité des lieux. La suite dépendra peut-être de la capacité des différentes parties à renouer le dialogue autour de cette institution emblématique de la région.