Labour des champs : remise en question des bénéfices climatiques
Labour des champs : remise en question des bénéfices climatiques

Longtemps synonyme d'agriculture, le labour est aujourd'hui remis en question pour ses effets négatifs sur la structure des sols, la biodiversité et le climat. Cependant, une équipe d'agronomes de l'Inrae, dans une synthèse publiée dans Communications Earth & Environment, montre que les bénéfices du non-labour sont nuancés et dépendent du contexte.

Le non-labour augmente souvent l'usage des herbicides

Les systèmes sans travail du sol reposent fréquemment sur les herbicides pour contrôler les adventices. En Europe, aux États-Unis et au Canada, ces systèmes utilisent davantage de glyphosate. Le travail du sol permet de détruire les repousses, enfouir les graines d'adventices et limiter certains pathogènes. Sur la plateforme expérimentale CA-SYS de l'Inrae près de Dijon, les systèmes sans labour et sans pesticides ont parfois échoué en quelques années face à une forte pression d'adventices ou de limaces, tandis que ceux utilisant ponctuellement le labour ont mieux maintenu leur productivité.

Le stockage du carbone ne dépend pas seulement du travail du sol

Le non-labour concentre le carbone en surface, mais les écarts s'estompent lorsqu'on mesure sur 30 à 40 cm de profondeur. L'essai de longue durée d'Arvalis à Boigneville (Essonne) n'a montré aucune différence significative de stock total de carbone entre labour annuel, travail superficiel et non-travail du sol après 47 ans. Le facteur déterminant est la quantité de biomasse apportée au sol, notamment via les couverts végétaux, qui peuvent augmenter significativement les stocks de carbone même avec labour.

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Un puissant gaz à effet de serre entre en jeu

Les systèmes sans labour peuvent favoriser les émissions de protoxyde d'azote (N₂O), un gaz au pouvoir réchauffant 273 fois supérieur au CO₂. L'essai « La Cage » de l'Inrae à Versailles (depuis 1998) montre que l'agriculture de conservation stocke plus de carbone mais émet plus de N₂O que les systèmes conventionnels, illustrant la complexité des bilans environnementaux.

Sortir des oppositions simplistes

L'enjeu est de concevoir des systèmes combinant diversification des cultures, couverts végétaux, allongement des rotations, légumineuses et agroforesterie. « Aucune pratique isolée ne constitue une solution miracle », concluent les chercheurs. La transition agroécologique nécessite des combinaisons de pratiques adaptées aux contextes locaux.

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