La cave coopérative de Saint-Tropez, en redressement judiciaire depuis mai dernier, tente de trouver un second souffle. Fragilisée économiquement depuis plusieurs années, la structure viticole doit faire face à une dette estimée à plusieurs millions d'euros et à une enquête en cours de la brigade d'enquête des vins et spiritueux (BEVS) sur la traçabilité des produits.
« Nous plaçons beaucoup d'espoir sur la prochaine récolte. Il faut qu'elle soit bonne car on part sur une nappe blanche. Espérons un peu de pluie », prie David Bonnet, président de la cave. Dans le rétro du président, le récent placement en redressement judiciaire de l'entité est un coup dur pour les coopérateurs du territoire.
Un redressement à plusieurs millions d'euros
Pour les adhérents, hors de question de s'apitoyer sur leur sort. « Le juge nous a accordés six mois et nous pourrons en avoir six de plus si besoin pour réussir à maîtriser ce virage très serré. Nous ne sommes pas les seuls à connaître des tensions. Aujourd'hui, c'est toute la filière qui est en souffrance », considère le viticulteur.
Pour l'administrateur-coopérateur Gilbert Marino, l'heure est à l'union sacrée : « Tout a été mis sur la table. Les explications ont été apportées aux adhérents. On se serre les coudes. Nous sommes obligés de trouver des solutions pour l'avenir » d'une cave qui représente avant tout le patrimoine d'un territoire et d'un village.
Des problèmes rencontrés depuis 2020
Ce redressement, demandé collectivement par les 108 membres de la coopérative, survient après un enchaînement de désillusions : report de l'ouverture du magasin en 2020 en raison de la pandémie, blocage du marché américain en lien avec la politique trumpiste (où près de 150 000 bouteilles devaient être envoyées), baisse annuelle de la consommation de vins...
Des secousses avant le coup presque fatal, donné au dernier trimestre 2024. « Après la vente de l'ancien site, nous avons eu un redressement des impôts. Au départ, il était à hauteur de 5 millions d'euros mais nous avons réussi à le négocier à 1,2 million, chiffre David Bonnet. Depuis, l'argent que nous gagnons part directement dans les caisses du trésor public. Ceci entraîne du retard, notamment auprès de nos créanciers. » Concernant le montant de ce redressement, le président de la cave garde le secret. « Il est estimé à plusieurs millions d'euros », élude-t-il simplement.
Un bien qui peut changer la donne
Désormais, les coopérateurs tracent de nouvelles perspectives, en favorisant « l'union des forces » pour sortir la tête de l'eau. Parmi les pistes privilégiées lors de la récente assemblée générale, le potentiel regroupement d'outils « avec les voisins », la croissance du magasin, et des collaborations plus dynamiques avec les restaurateurs du territoire. Autre levier de recettes, la location événementielle du site qui prospère avec le tourisme d'affaires.
Mais la véritable bouée d'oxygène pourrait provenir d'un bien très particulier. « Nous comptons aussi sur la vente de notre salle polyvalente de 1 000 m2 située au sous-sol du projet immobilier de la Voile d'Or. Elle a été mise en vente et nous avons déjà échangé avec des personnes intéressées, articule le vigneron. On étudie en accord avec la copropriété et la mairie le meilleur projet pour Saint-Tropez. »



