À Ollioules, dans le Var, Isabelle Pertois a troqué le maraîchage pour la culture de bananes bio, une adaptation radicale face aux canicules à répétition. « Une nouvelle agriculture est là, adaptée au réchauffement climatique ! » s'enthousiasme-t-elle. Sur son hectare de terrain, une centaine de bananiers poussent, dont certains sous serre ont déjà produit environ cinq cents bananes bio l'an passé. « Elles sont parties en restauration et en dégustation. Même le préfet du Var y a goûté ! » raconte l'agricultrice.
Un virage nécessaire après les canicules de 2022
En 2022, les épisodes de chaleur extrême ont littéralement brûlé son champ de maraîchage. Isabelle Pertois a alors cherché des cultures plus résistantes, testant avocats, agrumes, goyaves, fruits du dragon, citronnelle ou figues de barbarie. « Le mieux, le plus vite, c'est le bananier », affirme-t-elle. Très rustique, cette plante (qui n'est pas un arbre) nécessite quatre fois moins d'eau et de main-d'œuvre que le maraîchage. « L'investissement de départ est minime et un pied peut en donner sept ! Un véritable modèle économique est possible. »
Une filière en construction
Isabelle Pertois n'est pas seule : à Carqueiranne et à Pignans, d'autres producteurs se lancent. « D'ici à cinq ans, je suis sûre que nous serons au moins quinze producteurs de bananes dans le Var ! » prédit-elle. Le groupement AgribioVar accompagne cette dynamique avec un ingénieur agronome qui mesure chaque semaine le développement des plantes, la taille des fruits et les délais de floraison. Un inventaire naturaliste du Conservatoire d'espaces naturels Paca recense aussi les insectes présents, pour surveiller l'impact de cette nouvelle culture.
La valorisation du bananier est totale : « La multiplication des pieds nous a permis de nous déclarer pépiniériste pour les vendre. Les stipes contiennent des fibres que nous testons avec Les Alchimistes Côte d'Azur pour en tirer un textile capable de remplacer le plastique », détaille Isabelle Pertois.
Un défi économique
Si la banane est le fruit le plus consommé en France, le prix local reste un obstacle. « Si je considère mon coût de revient, il me faut vendre le kilo de banane à neuf euros. En magasin bio, on trouve le kilo de bananes bio de République dominicaine à moins de trois euros… » reconnaît l'agricultrice. Certains acheteurs curieux n'ont pas renouvelé leur achat en raison du prix. Pour mesurer la demande, AgribioVar propose un questionnaire sur la consommation de fruits exotiques. Isabelle Pertois cherche à s'agrandir sur trois hectares pour réduire ses coûts et envisage la création d'une indication géographique protégée « Banane du Var ».



