« Absalon, Absalon ! » à Montpellier : un spectacle total de cinq heures complètement dingue et génial
Invitée conjointement par le Domaine d'O et le théâtre des 13 Vents, la metteuse en scène Séverine Chavrier redonne vie à « Absalon, Absalon ! », son prodigieux spectacle total d'après l'œuvre de William Faulkner. Présenté en ouverture du Festival d'Avignon 2024 où il avait fait sensation, cette création crée à nouveau l'événement depuis mardi et jusqu'à ce vendredi à Montpellier.
Une adaptation vertigineuse d'un roman réputé inadaptable
Ce spectacle virtuose, étourdissant d'inventions et d'ambitions, représente une plongée sans oxygène dans la psyché tourmentée d'une Amérique patriarcale et capitaliste, obsédée par le mythe de sa propre pureté. Naissance d'une nation, descendance d'une fraction, sénescence d'une réaction : la pièce dévoile l'arnaque homicide du rêve américain à travers une expérience scénique totale.
Cinq heures de visions démentes sur la folie américaine
À l'épicentre de ce tremblement de chairs et d'os se trouve Thomas Sutpen, petit blanc du Sud ségrégationniste, inculte et revanchard, qui devient en quelques années le plus gros planteur de coton de sa région. Le spectacle chahute l'histoire et la narration depuis l'avant-guerre de Sécession jusqu'à la Grande Dépression, explorant l'injonction sudiste à la pureté de la lignée face au métissage interdit.
Rise and fall, rage et folie : le rêve américain se révèle-t-il un cauchemar autophage, incestueux et fratricide ? La question résonne tout au long des cinq heures de représentation, ponctuées de deux pauses de vingt minutes qui rendent l'expérience accessible malgré son intensité.
Un art scénique holistique poussé à son paroxysme
Séverine Chavrier déploie un sacré talent, pour ne pas dire du génie, pour rendre compte au plateau de la complexité du monde dans toutes ses dimensions. Aidée par une troupe d'artistes comédiens à l'engagement total, elle pousse tous les potards à fond de son art de la scène proprement holistique.
Les corps, les musiques, les danses, les décors, les lumières, les images, les textes, les sons, mais aussi les styles, les registres, les tonalités et les humeurs participent tous au tout. Leur métissage à la fois halluciné et raisonné contribue à une réflexion vertigineuse qui n'écrase pas l'entendement mais l'incite à se dépasser.
Le résultat final laisse le spectateur cramé et ébloui, transformé par cette immersion totale dans l'univers faulknérien réinterprété avec une audace rare. Ce spectacle-monde sublime continue de marquer les esprits bien après le rideau final, confirmant son statut d'événement théâtral majeur de la saison culturelle montpelliéraine.