Le Muséum d'Histoire Naturelle en péril : 500 millions d'euros nécessaires pour sauver son patrimoine
Muséum d'Histoire Naturelle : 500 millions pour sauver son patrimoine

Le Muséum national d'Histoire naturelle lance un cri d'alarme

Le Muséum national d'Histoire naturelle, qui célèbre cette année ses 400 ans d'existence, se trouve confronté à une situation immobilière critique. L'institution parisienne tire la sonnette d'alarme concernant l'état de dégradation avancée de son patrimoine bâti et réclame des financements substantiels pour assurer la pérennité de ses missions scientifiques et d'accueil du public.

Un patrimoine immobilier en état d'urgence

Le constat dressé par Gilles Bloch, président du Muséum, est sans appel : « On est en train de perdre notre outil de travail. Quand on accueille du public, quand on héberge des labos, si on est obligé à un moment de fermer des bâtiments, ce n'est plus possible de continuer ». Derrière la belle vitrine d'une institution qui accueille 3,6 millions de visiteurs annuels et demeure un haut lieu de recherche, les murs s'effritent littéralement.

Le patrimoine immobilier du Muséum compte 120 bâtiments répartis sur différents sites, parmi lesquels les équipes ont identifié pas moins de 150 projets d'urgence. 74% des bâtiments sont classés dans les niveaux les plus dégradés selon les critères de la direction de l'immobilier de l'État, un pourcentage alarmant quand on sait que seulement 35% des bâtiments dépendant de l'enseignement supérieur et de la recherche présentent un tel état.

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Des fermetures qui pénalisent l'institution

La situation est particulièrement préoccupante pour certains bâtiments emblématiques :

  • 90% de la galerie de minéralogie est fermée depuis des années
  • Le bâtiment des reptiles reste inaccessible, malgré un projet de rénovation validé puis stoppé
  • De nombreux autres bâtiments pourraient devoir fermer leurs portes prochainement

Chaque fermeture représente des revenus en moins pour l'institution, créant un cercle vicieux qui aggrave la situation financière. Gilles Bloch souligne avec ironie : « Choose France for Science, je trouve ça formidable, mais si on fait venir un grand prof américain sur le campus Buffon il se sauve en courant ».

Un budget insuffisant face aux besoins colossaux

Le Muséum dépend majoritairement du budget que lui alloue le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Gilles Bloch détaille la répartition des ressources : « Nous "coûtons" 200 millions par an. 67% du budget vient du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 3% du ministère de la Transition écologique et d'autres sources publiques, et les 30% restants de nos propres ressources ».

Une fois les salaires et frais de fonctionnement déduits, il ne reste que 15 à 20 millions d'euros par an à consacrer aux bâtiments. Sur cette somme, seulement 5 millions proviennent réellement de la subvention de l'État, l'autre partie venant des fonds propres du Muséum. Et même ces 5 millions sont en partie absorbés par le remboursement du partenariat public-privé du parc zoologique de Paris.

Le président constate amèrement : « On ne peut rien faire d'autre que le minimum d'entretien ». La situation devrait encore s'aggraver d'ici 2027, date à laquelle le fonds de roulement du Muséum sera complètement épuisé.

500 millions d'euros pour les travaux d'urgence

Les chiffres avancés par le Muséum sont impressionnants : les travaux d'urgence nécessaires se montent à 500 millions d'euros. Mais si l'on souhaite véritablement remettre les bâtiments aux normes modernes, notamment au niveau énergétique, et pas simplement les maintenir en exploitation, le coût total atteint 1,1 milliard d'euros.

Gilles Bloch se veut pragmatique dans ses demandes : « Si on a 35 millions par an de dépenses et non 5 millions, en 15 ans on a traité à peu près les urgences. Mais ce qu'il faut, c'est de la prévisibilité ». Il rappelle également que le Muséum mérite mieux qu'un simple entretien minimaliste, soulignant que l'institution ne reçoit que 22 euros de subvention par visiteur, alors que les autres grands musées scientifiques bénéficient généralement de 40 à 60 euros par visiteur.

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Face à cette situation alarmante, le Muséum national d'Histoire naturelle appelle donc l'État à trouver des solutions financières pérennes pour préserver ce patrimoine scientifique et culturel unique, dont la dégradation menace directement ses missions de recherche, d'enseignement et de médiation auprès du public.