Mont Faron : les 6 projets fous auxquels Toulon a échappé
Mont Faron : les 6 projets fous auxquels Toulon a échappé

Alors que la Ville de Toulon vient de lancer une grande consultation sur l’avenir du mont Faron, retour sur six projets d’aménagement qui auraient pu voir le jour sur l’emblématique sommet. Le dernier va vous surprendre.

Un gigantesque ensemble immobilier

Avant de devenir inconstructible, le sommet du mont Faron avait failli être livré à l’appétit des promoteurs. Au début des années 1980, le maire de Toulon Maurice Arreckx ne manque pas d’ambition pour le mont Faron et ses 584 mètres d’altitude. Pour satisfaire son appétit de bâtisseur, l’édile entend déclasser 25 hectares de zone non constructible sur le sommet le plus emblématique de la ville. Le projet prévoyait plus de 10 000 logements et la création d’une route élargie.

Mais tout le monde ne partage pas cet amour pour la construction d’immeubles en pleine nature. En 1983, l’Association de défense et de protection du Faron (ADPF) se constitue pour faire barrage aux promoteurs et aux velléités du pouvoir politique. Résultat : une pétition de 12 000 signatures contre cette urbanisation partielle du massif, et des militants qui se serrent les coudes pour préserver les richesses du poumon vert de la capitale du Var. « C’était un combat dangereux », se souvient Michel Bonjardini, alors président de l’ADPF. « On dérangeait mais on n’a rien lâché. Et on a gagné ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Golf, hôtel et héliport…

Un an plus tard, en octobre 1984, rebelote. Cette fois, le projet s’appelle « Le Faron, an 2000 » et prévoit un gigantesque parc de loisirs avec hôtellerie et restauration. La brochure est signée Louis Bernardi, ambitieux adjoint au maire (RPR) et conseiller général du Var. Il envisage la transformation d’une partie du Faron en un vaste complexe touristique et de loisirs. La clientèle visée est très haut de gamme.

Parmi les équipements annoncés figurent un hôtel de standing, un restaurant de prestige, un country club, un golf, des courts de tennis, un stand de tir aux pigeons d’argile, un toboggan aquatique ou un équipement de luge d’été. Sans oublier l’héliport ! Mais l’ADPF, nouveau « gardien du temple », y voit un projet susceptible de dénaturer le massif et lance une campagne contre cette « marchandisation » du site. Une mobilisation qui paye.

« Le Faron d’Eole » et son train

De quoi calmer définitivement les ardeurs des promoteurs ? Pas du tout. Dès 1985, la municipalité revoit sa copie et vante les mérites d’une opération qu’elle baptise « Le Faron d’Eole ». Cette fois, c’est un train monorail et un « espace californien » qui tiennent le haut de l’affiche. Plus « écologique » dans sa présentation, l’aménagement reste néanmoins dans la logique d’attirer un maximum de touristes sur le toit de la rade, grâce notamment au téléphérique en place depuis 1959.

Outre le circuit ferroviaire de 6 km, des éoliennes et autres « orgues naturels » sont imaginés au milieu des quelque seize variétés d’orchidées recensées. Un hôtel, un restaurant et un golf figurent toujours sur la plaquette. Là encore, il s’agit d’attirer un public relativement aisé. Là encore, l’ADPF s’opposera à ces desseins. Exit « Le Faron d’Eole ».

La « Vierge noire »

Et si Toulon rivalisait avec Rio de Janeiro ? En 1986, le projet d’ériger au sommet du Faron une immense statue de Notre-Dame d’Afrique émerge. Une « Vierge noire », façon Christ rédempteur sur le Corcovado, qui serait visible depuis toute la rade. La Commission départementale des sites rend un avis favorable à l’opération, qui serait « assortie d’un complexe architectural ».

Dans le Toulon des années 1980, les associations de rapatriés d’Afrique du Nord sont très influentes. En 1975, a été bâtie la chapelle Notre-Dame du Cap Falcon, qui « veille sur les souvenirs et les tombes abandonnées des pieds-noirs revenus d’Algérie, de Tunisie et du Maroc ». Mais ce projet, autant mémoriel que religieux, ne sera pas mené à son terme. En février 1991, l’ADPF triomphe : sur les 1 400 hectares que compte le joyau toulonnais, 1 200 sont officiellement classés par l’État à l’inventaire des sites remarquables. Un statut interdisant toute nouvelle construction.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un projet d’accrobranche

Un parc accrobranche rentre-t-il dans ce champ d’interdiction ? Cette activité de plein air consistant à se déplacer de branche en branche et d’arbre en arbre a pris l’habitude de se nicher dans de nombreuses forêts. Pourquoi pas la pinède du mont Faron ? En 2005, élaboré par la régie municipale d’exploitation du mont toulonnais (la Redif), qui doit en confier la gestion à une société privée, le projet réunit pourtant contre lui une quinzaine d’associations.

Leurs arguments ? « Projet privé et clôturé sur le domaine public, contraire à l’esprit du classement » ; « Le Faron n’a pas besoin d’une hausse de fréquentation » ; « Pourquoi se lancer dans l’exploitation économique d’un site classé aussi fragile ? ». Le site préconisé par la Redif pour accueillir le parc d’attractions de sept hectares ne verra jamais de casques et autres harnais de sécurité.

Une piste de ski sur cailloux

Parmi les projets d’aménagement du mont Faron évoqués au fil des ans, celui-ci est sans doute le plus insolite. Dans les années 1980, Eric Lon, kinésithérapeute de son état, est le héros d’un documentaire de 26 minutes sur Antenne 2, les Carnets de l’aventure. On voit alors le Toulonnais torse nu, bandeau sur la tête, skier sur les pierres sur le Faron. Et même apprendre à des enfants à le faire ! Avec cette règle d’or : « La chute est interdite ».

« Le ski sur pierres n’est pas réservé à une élite », clame aussi le sportif, qui se fait fort de démocratiser cette pratique pour le moins originale. Las : l’éboulis sur la face Nord-Est du Faron où il a ses habitudes de « freerider » lui est finalement interdit. Depuis, Eric Lon continue, en vain, de demander des autorisations pour qu’on lui autorise cette pratique sur « le mont chauve ». « Malheureusement, mon projet n’avance pas », confiait-il récemment.