Marmande déçue par le refus d'inscrire sa plus ancienne maison aux Monuments historiques
La municipalité de Marmande nourrissait l'espoir de valoriser un joyau patrimonial longtemps négligé : la maison d'Auber de Peyrelongue. Cette bâtisse, qui appartenait autrefois à l'une des plus anciennes familles de la Cité de la tomate, possède des fondations potentiellement millénaires et est considérée comme la plus ancienne maison de la ville. Pourtant, elle demeure inexploitée et abandonnée, un état que l'équipe municipale actuelle souhaitait corriger en demandant son inscription aux Monuments historiques.
Un processus engagé mais voué à l'échec
Initiée en 2023, la démarche s'est malheureusement soldée par un échec, comme le révèle l'hebdomadaire Le Républicain. « On était pourtant confiants », regrette Françoise Verdier, adjointe à la culture. Le bâtiment, situé rue Paul-Vergnes, présente pourtant de nombreux atouts architecturaux avec sa façade en brique percée de fenêtres romanes. Marie Bonnauron, chargée d'action au patrimoine de la Ville, a souligné aux élus l'intérêt majeur de protéger cet édifice, plusieurs fois remanié à travers les siècles et porteur de l'histoire de Marmande. « Si on creusait, on pourrait tomber sur les fondations de la première enceinte de la ville qui date du XIIe siècle », explique-t-elle.
Un hôtel particulier du XVIIIe siècle en péril
Derrière une façade modeste mais intrigante se cache un hôtel particulier du XVIIIe siècle, une forme donnée par ses propriétaires les plus fameux, la famille d'Auber de Peyrelongue, établie dans la commune depuis le XIVe siècle. Les éléments remarquables ont retenu l'attention des experts :
- Les plafonds ornementaux à caissons
- Les cheminées d'époque
- L'escalier monumental avec son garde-corps portant le monogramme des d'Auber
Si le conservateur des Monuments historiques et un architecte des Bâtiments de France ont reconnu la valeur du lieu, cela n'a pas suffi à obtenir l'inscription tant attendue.
Deux raisons principales justifient le refus
À la suite de leur visite, « on nous a dit qu'il ne fallait pas s'attendre à des miracles », se souvient Marie Bonnauron. La Commission régionale du patrimoine et de l'architecture a motivé son refus par deux raisons essentielles :
- Le très mauvais état général de la maison
- Le fait qu'une partie du bâtiment soit enclavée dans la cour de l'École du centre
Des décennies d'abandon et des contraintes budgétaires
Acquise par la Ville en 1910 pour les besoins d'une maternelle, la propriété n'a pas été occupée depuis des décennies. L'idée d'y installer un musée de la IIIe République, envisagée durant l'ère de Gérard Gouzes, n'a jamais abouti. La maison a finalement servi de débarras et n'a bénéficié d'aucun entretien.
Le refus, émis durant l'été 2025, n'a constitué qu'une demi-surprise pour la municipalité. Les contraintes budgétaires du ministère de la Culture ont probablement influencé la décision, car une inscription implique le versement de subventions pour l'entretien du bâtiment. Une rénovation des 154 m² de surface au sol pourrait se chiffrer en millions d'euros. « Il faudrait tout remettre aux normes, ce serait un très gros projet », note Marie Bonnauron. Sans les subsides de l'État, tout projet de réhabilitation est repoussé sine die.
Un coup de projecteur malgré tout
La perspective de voir un jour la plus ancienne maison de Marmande ouverte au public s'éloigne. « C'est dommage, parce qu'on avait des idées », se désole Françoise Verdier. La majorité municipale imaginait y installer un musée d'art contemporain.
Malgré l'échec, la tentative d'inscription a permis de mettre un coup de projecteur sur ce patrimoine méconnu des Marmandais. Grâce à cette exposition médiatique, les derniers descendants de la famille d'Auber ont pris contact avec la Ville. Le comte d'Auber, sa tante et son épouse ont visité la maison l'été dernier. « Ils ont été très touchés », se remémore l'élue à la culture, évoquant un moment empreint d'émotion. Le dernier marquis d'Auber est décédé au début des années 1980.
La chapelle Saint-Benoît prioritaire
Avec le monument aux morts, l'église Notre-Dame ainsi que le cloître et son jardin, la chapelle Saint-Benoît constitue le quatrième site classé aux Monuments historiques à Marmande. La rénovation de son spectaculaire plafond peint est désormais la priorité du service patrimoine. Les travaux doivent commencer de manière imminente, mais pas avant les élections municipales, précise Françoise Verdier. « On a avancé sur la maîtrise d'œuvre, il faut un architecte du patrimoine », ajoute Marie Bonnauron.