Inauguration des arènes d'Oran en 1954 : un événement historique dans l'Algérie française
Dans les archives, un événement marquant resurgit : l'inauguration des nouvelles arènes d'Oran, le 13 mars 1954. À l'initiative du directeur du site, Paul Barrière, cette plaza moderne et élégante, située dans la capitale de l'un des trois départements français d'Algérie, a été rénovée pour accueillir des spectacles taurins. Un avion affrété spécialement a transporté des invités, dont Don Severo, qui a relaté avec précision ce qu'il a vu et vécu lors de cet événement.
Une architecture moderne et fonctionnelle
La plaza d'Oran, décrite comme très jolie et d'aspect moderne, combine les dimensions de celle de Toulouse et la légèreté de celle de Dax, grâce à un encorbellement détaché et réussi. Son architecte, Jean Dupuy, originaire du Midi et aficionado averti, a conçu le cirque avec toutes les commodités et le confort possibles pour le public. Il a également optimisé les dépendances intérieures, telles que le toril, la chapelle, l'infirmerie, les bureaux, la conciergerie et le magasin de harnais.
Pour la curiosité des chiffres, Jean Dupuy a précisé que la construction a nécessité 1 600 m² de ciment et 180 tonnes d'acier, avec des gradins qui, mis bout à bout, atteignent 8 kilomètres. Les travaux, commencés le 11 novembre 1953, ont été achevés dans les moindres détails le 13 mars 1954, le matin même de l'inauguration. Malgré des difficultés avec la SPDA oranaise, qui a retardé l'autorisation légale d'ouverture jusqu'à deux heures avant le premier paseo, Paul Barrière a maintenu sa sérénité et sa bonne humeur.
Un défilé pittoresque et des spectacles animés
L'inauguration a débuté avec un défilé mené par une jeune et jolie amazone en costume andalou, suivie de deux calèches fleuries transportant des beautés vêtues en manolas, avec hauts peignes et châles de Manille. La seconde calèche était attelée de cinq magnifiques chevaux de robe isabelle, accompagnés de cavaliers arabes qui ont clôturé chaque jour par une rapide fantasia.
La première corrida s'est déroulée devant une bonne entrée, bien qu'un grand vent frais ait gêné les cuadrillas. Le dimanche, la plaza était comble, avec un public pittoresque mélangeant Français, Espagnols en mantille, Arabes en chéchia et burnous, et leurs femmes voilées. Tous les services ont contribué à la réussite des spectacles, animés par un orchestre vibrant jouant des pasodobles toreros populaires.
Un enthousiasme débordant et des curiosités taurines
Dès le début de la première corrida, l'enthousiasme de la foule a été énorme. L'éducation taurine du public oranais, après dix-huit ans sans corridas, était à compléter, mais la majorité des spectateurs espagnols, avec leur aficion innée, a rapidement assimilé les principes de l'art du toreo. Un détail curieux : les picadors ont été immédiatement antipathiques et sifflés dès leur entrée en piste, reflétant la mentalité moderne des foules.
Une nouveauté amusante pour les aficionados a été la distribution d'oreilles de toros en drap noir et de queues de laine noire, plutôt que les véritables trophées, pour éviter les taches de sang sur les toilettes claires. Cette pratique a surpris et diverti les spectateurs.
Un dîner de célébration et des discours mémorables
Le soir de la seconde corrida, Paul Barrière a réuni les autorités oranaises, le consul d'Espagne, des collaborateurs, des matadors comme Domingo Ortega, et des personnalités taurines pour un dîner. Parmi les plats dégustés, des filets de toro ont ravi tous les convives.
Parmi les discours improvisés, celui du matador Domingo Ortega a été particulièrement remarqué. Qualifié de rustre au début de sa carrière, il a évolué en homme de culture avancée, parlant avec facilité, nuance et bon goût, stupéfiant l'audience par son allocution improvisée.
Postérité et archives
Les arènes d'Oran sont restées en activité jusqu'en 1962, date de l'indépendance de l'Algérie, qui a mis fin aux corridas dans le pays. Aujourd'hui, elles se dressent encore dans le faubourg d'Eckmühl, avec des projets de restauration évoqués chaque année pour y célébrer des spectacles.
Cet article est extrait du livre Un Siècle de corridas : les plus belles chroniques de Don Severo - Georges Dubos - Zocato - Don Pepe - Patrick Espagnet - Yves Harté - Pierre Veilletet par Marc Lavie aux Éditions Sud Ouest. Il invite à plonger au cœur des archives pour retrouver les actualités qui ont marqué la mémoire collective de la région depuis 80 ans.



