Depuis trois semaines, à bord du navire d'exploration archéologique Alfred-Merlin, des archéologues du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) et du CNRS fouillent l'épave Fort-Royal 1, datée du IIe siècle avant J.-C., au large de l'île Sainte-Marguerite, à Cannes. Cette campagne de prélèvements s'achève ce vendredi 3 juillet 2026, avec la découverte de nouveaux trésors sous-marins.
Des objets exceptionnels remontés des profondeurs
Parmi les trouvailles figurent des amphores complètes, un encrier portatif en bois avec sa boîte, plusieurs pièces de vaisselle portant les initiales de leurs propriétaires, ainsi qu'un lagynos, l'équivalent d'une carafe à vin, dont l'origine a été attribuée à l'île de Rhodes. Ces recherches s'inscrivent dans un programme pluriannuel lancé en 2022, année où le site avait été victime d'un pillage. La quasi-totalité des objets dérobés avait été retrouvée dans un garage près d'Antibes.
Une épave unique par son état de conservation
« Le bateau est exceptionnel car nous avons très peu de navires de cette période avec cet état de préservation », explique Pierre Poveda, codirecteur de la mission au centre Camille-Jullian du CNRS. L'épave en bois a coulé de façon inhabituelle sur son flanc, ce qui a permis la conservation d'éléments uniques. Une équipe interdisciplinaire d'une vingtaine de chercheurs, tous plongeurs, s'active sur terre et sous la mer, avec la participation du Centre d'archéologie sous-marine de Catalogne (Casc), qui possède un laboratoire de restauration du bois gorgé d'eau.
Des technologies de pointe pour l'étude
Les chercheurs utilisent les nouvelles technologies pour numériser en 3D la céramique, les amphores et le bois. À ce jour, environ 300 amphores complètes ont été recensées près de l'épave, dont certaines encore scellées. « Les analyses montrent que ces amphores proviennent d'une zone de production de vin très célèbre durant l'Antiquité, située en Italie méridionale, entre Rome et Naples », précise Franca Cibecchini, codirectrice de la mission pour le Drassm.
Une pompe de cale unique au monde
Parmi les découvertes majeures de cette campagne figure, après la mise au jour d'un gouvernail en bois en 2024, une pompe de cale en orme, un exemplaire unique au monde. « Il s'agit, à notre connaissance, du plus ancien témoignage de ce type de mécanisme hydraulique », souligne Pierre Poveda. Autre découverte remarquable : des décors peints encore visibles sur plusieurs éléments en bois de l'épave. « Il s'agirait vraisemblablement de la cabine située à l'arrière du navire, qui aurait été entièrement décorée », ajoute-t-il.
Protection du site et perspectives muséales
Avant la fermeture temporaire du chantier, les équipes sécurisent le site en recouvrant le bois d'une couche de sable puis en installant une large bâche de protection pour le préserver de l'action de la mer. Interrogé sur une éventuelle exposition au public, Pierre Poveda confie : « Notre plus grand rêve, lorsque nous fouillons ce type de site, serait d'avoir les moyens de créer une présentation digne de l'intérêt exceptionnel de l'épave. »



