Cannes : un fils de déporté réclame un mémorial pour les 167 Juifs arrêtés pendant la guerre
Cannes : un mémorial réclamé pour les Juifs arrêtés en 39-45

Cannes : un fils de déporté réclame un mémorial pour les 167 Juifs arrêtés pendant la guerre

Roger Wolman, 88 ans, fils de parents déportés et ancien enfant d'Izieu, milite ardemment pour honorer la mémoire des victimes de la Shoah à Cannes. Dans la cité des festivals, il souhaite un monument nominatif pour les 167 Juifs arrêtés entre août 1942 et juillet 1944, dont les noms, adresses et lieux de naissance sont documentés, notamment grâce au recensement d'Arno Klarsfeld.

Une lutte contre l'oubli et les obstacles

Roger Wolman, avec son regard las mais empli d'humanité, justifie sa démarche : « La pierre conserve à jamais ». Il réclame depuis des années un mémorial public, pas nécessairement monumental, mais portant les 167 noms, inspiré par exemple du mur imposant érigé au château de Nice. Cependant, le chemin est semé d'embûches. Au Cannet, une stèle avec dix-sept noms a mis plusieurs années à voir le jour, et des projets ont été refusés, comme à une école primaire où des parents s'y sont opposés. Pire, un maire d'une petite ville de l'arrière-pays niçois a justifié son refus par : « Je ne souhaite pas que ma commune se transforme en cimetière ! ».

Les défis à Cannes et les inquiétudes face au temps

À Cannes, Roger Wolman a été bien reçu en mairie depuis 2020, mais jamais par le maire. Lors d'une commémoration en 2021, il a directement interpellé l'édile pour lui remettre son dossier. La Ville a mis une voiture avec chauffeur à sa disposition pour chercher un emplacement idéal, comme vers la Roseraie sur la Croisette, où les Arméniens ont un monument, ou près de la synagogue. Mais Roger insiste : « Je veux que ce soit un lieu public car ma démarche est laïque et républicaine. » Il s'inquiète du temps qui passe : « Avec quelques amis de l'association des enfants de déportés, nous sommes les derniers survivants de cette époque. Après nous, il n'y aura plus que les livres et les profs pour en parler. » Il se demande si le projet ne fait pas tâche avec le décor touristique.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La réponse de la mairie et le poids de l'histoire personnelle

Sollicitée, la Ville de Cannes a d'abord indiqué que le service des cultes n'était pas au courant, avant de communiquer : « La mairie de Cannes confirme que le projet de construction d'un mémorial à la mémoire des Juifs arrêtés à Cannes et déportés demeure toujours envisagé. Plusieurs implantations ont été évoquées, notamment au sein d'un cimetière ou à proximité de la synagogue. Les échanges se poursuivent avec Monsieur Roger Wolman, la communauté juive et le tissu associatif. » Dans les couloirs, on évoque aussi les travaux d'embellissement de la Croisette, reportés sine die, comme frein.

Roger Wolman, âgé de 5 ans lors de la dislocation de sa famille, a perdu sa mère en déportation et vu son père changé à jamais. Lui et son frère Henri, des enfants miraculés placés à Izieu, sont partis juste avant la rafle fatale. « J'ai grandi sans l'amour d'une mère », confie-t-il, sans haine mais sans pardon, motivé par la résilience. Aujourd'hui grand-père heureux, il espère que le mémorial verra le jour avant qu'il ne soit trop tard.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale