Le musée d'Aquitaine dévoile des trésors archéologiques inédits du Bordeaux gallo-romain
Du 11 février à fin avril, le musée d'histoire et d'anthropologie de Bordeaux, connu sous le nom de musée d'Aquitaine, propose une exposition fascinante avec quatre nouvelles vitrines consacrées à l'époque gallo-romaine. Cette présentation met en lumière des artefacts découverts lors de fouilles menées au cours des trente dernières années, incluant des objets érotiques rares qui éclairent les mœurs de l'époque.
Des recherches approfondies sur le passé antique de Bordeaux
Laurent Védrine, directeur du musée d'Aquitaine, explique : « Beaucoup de recherches sont en cours sur le Bordeaux gallo-romain. Des chercheurs travaillent sur les blocs architecturaux des monuments des Ier et IIe siècles, et on en sait plus sur l'îlot Parunis, un périmètre formé par le cours Pasteur, le cours Victor-Hugo et la synagogue, où on a identifié une maison d'habitation romaine et un sanctuaire dédié au dieu Mithra. Il y avait matière à lancer une saison antique avec des objets issus de ces fouilles, qui n'ont jamais été exposés jusqu'ici, et qui vont s'ajouter à nos collections. » Cette exposition, qui débute ce mercredi 11 février et se poursuit jusqu'au 26 avril, offre ainsi un regard neuf sur l'histoire locale.
La sexualité dans la Rome antique : entre érotisme et natalisme
Les nouvelles pièces, prêtées par le Service régional d'archéologie (SRA), sont présentées dans quatre vitrines distinctes. Une particularité notable est la présence marquée d'objets liés au sexe. Anne Zieglé, conservatrice des collections antiques, précise : « Les Romains valorisaient l'érotisme et la pornographie à des fins natalistes. L'objectif était de donner naissance à un maximum d'enfants, qui seraient des contribuables et des combattants. Et dans cette vision, le plaisir féminin était complètement ignoré. On n'envisageait le rôle des femmes que dans la procréation et la tenue de la maison. »
Deux vitrines témoignent de cette importance accordée au sexe. Pour préserver les plus jeunes, elles sont placées suffisamment haut pour ne pas être visibles par des enfants, et celle présentant les objets les plus explicites est recouverte d'un rideau à soulever. Parmi les artefacts, on trouve une lampe représentant une scène sexuelle et des sculptures de phallus, comme une amulette en bronze utilisée pour rejeter le mauvais œil et rassurer sur la fertilité masculine, ainsi qu'une enseigne de lupanar. « Il y en avait plusieurs à Bordeaux, comme dans toutes les villes romaines », ajoute Anne Zieglé.
Une culotte en cuir exceptionnelle et l'artisanat local
La pièce la plus remarquable est sans doute une culotte féminine en cuir, découverte dans les sous-sols de l'actuelle Promenade Sainte-Catherine. « On n'en a recensé que trois au monde, et celle-ci est la seule en France. En temps normal, le cuir se dégrade rapidement, mais ici, le fait d'être restée imbibée d'eau a protégé cette culotte de toute altération », explique la conservatrice. Datée de l'an 70 de notre ère, cet objet révèle la finesse de l'artisanat du cuir à Bordeaux, notamment dans le secteur de Mériadeck, qui était un marécage à l'époque gallo-romaine où l'on travaillait les peaux animales.
Diversité des cultes et relations commerciales
Les deux autres vitrines présentent des statuettes mises au jour par le SRA, représentant des dieux comme Vulcain, Luna ou Minerve. « Ce qui est intéressant, c'est que Minerve a les yeux recouverts de feuille d'argent, ce qui la rend d'autant plus précieuse », note Anne Zieglé. Ces découvertes, issues des travaux de la cité judiciaire et de l'Auditorium, illustrent la diversité des cultes pratiqués à Bordeaux. « Chaque habitant était libre d'honorer les dieux qu'il voulait, beaucoup plus que dans d'autres parties de l'empire », souligne-t-elle.
Parmi les objets exposés, un autel dédié à la déesse Boudiga, honorée dans le nord de la Gaule et en Grande-Bretagne, témoigne des relations commerciales et culturelles avec les îles britanniques. « Il a été apporté à Bordeaux après un voyage à York », précise la conservatrice.
Une soirée spéciale pour la Saint-Valentin
Pour célébrer cette exposition, une « Soirée Rom'antique » est organisée le samedi 14 février, de 18h30 à 21 heures, à l'occasion de la Saint-Valentin. Les visiteurs pourront découvrir les objets dans une lumière tamisée et écouter des histoires intimes de personnages antiques lues par des étudiants en lettres. L'entrée est réservée aux plus de 15 ans. Pour plus de détails, consultez le site du musée d'Aquitaine.