Qui se souvient de sa première valise déposée à la Bourse du Travail, du long voyage en autocar vers les montagnes de l’Isère, des cartes postales envoyées aux parents ou de l’attente fébrile des colis venus de La Seyne ? Pour des milliers d’anciens colons seynois, ces souvenirs refont surface grâce à l’exposition « Souvenirs de colos 1950-1990 », présentée à la Maison du patrimoine jusqu’au 14 novembre.
Une collecte de 7.000 photographies
Réalisée par le service des archives municipales, l’exposition raconte près d’un demi-siècle d’histoire locale à travers des centaines de photographies, des documents d’époque et des témoignages. Une aventure collective qui a marqué près de 40.000 jeunes Seynois. « Tout a commencé avec l’acquisition du fonds Chabert par la Ville en 2023, explique Alan Virot, responsable du service des archives. Ce fonds comprenait plus de 3 500 photographies réalisées par M. Chabert, qui se rendait régulièrement dans les colonies. Très vite, nous avons constaté que beaucoup de Seynois souhaitaient retrouver des souvenirs de cette période et parfois se reconnaître sur les photos. »
Le projet a pris une ampleur inattendue. Les archivistes ont exploré les fonds municipaux, lancé des appels à la population et recueilli de nouveaux documents. « Aujourd’hui, nous conservons plus de 7.000 photographies liées aux colonies de vacances. Ce qui est présenté ici n’est qu’une petite partie », poursuit-il. Pour permettre aux visiteurs d’aller plus loin, deux ordinateurs ont été installés au sein de l’exposition. Chacun peut y consulter les fonds numérisés et partir à la recherche d’un visage familier, d’un frère, d’une sœur, d’un parent ou parfois de lui-même, figé sur une photographie vieille de plusieurs décennies.
Des colonies de 45 jours dès les années 1950
L’histoire des colonies seynoises débute à la fin des années 1940. À cette époque, la Ville ne possède encore aucun centre de vacances. Les premiers séjours sont organisés dans des écoles ou des bâtiments prêtés à Digne-les-Bains, Embrun, Chélard ou encore Apinac. Le succès est immédiat. En 1954, la municipalité loue sa première véritable colonie à Bellecombe, en Isère. Les conditions y sont parfois rudimentaires : une partie des enfants dort sous des tentes ou dans de grands marabouts de dix lits.
Au début des années 1960, les colonies connaissent leur âge d’or. La municipalité devient propriétaire du château de La Motte-les-Bains, en Isère. D’autres centres accueillent les jeunes Seynois, notamment Presles, Le Touvet ou Saint-Bernard-du-Touvet. À cette époque, partir en colonie constitue une véritable aventure. Les enfants sont parfois âgés de seulement six ans et partent pour 45 jours ! Les journées s’enchaînent entre randonnées, baignades, jeux collectifs et veillées. À partir de la fin des années 1970, les attentes évoluent. Le service jeunesse développe de nouvelles formules et accompagne les transformations de la société.
40.000 enfants, une mémoire collective
À partir des années 1980, les coûts d’entretien des bâtiments augmentent et les normes deviennent plus exigeantes. Les centres sont revendus. Selon les archives municipales, près de 40.000 jeunes Seynois auront fréquenté les colonies. Des générations entières qui y ont vécu leurs premiers départs et leurs premières amitiés d’été. Aujourd’hui, grâce au travail minutieux de collecte, peut-être qu’au détour d’une photographie, un visiteur retrouvera son sourire d’enfant.
Des Seynois « aussi rouges que laïcs »
Lorsque les premières colonies municipales voient le jour à la fin des années 1940, la France se relève encore difficilement de la Seconde Guerre mondiale. Le rationnement alimentaire n’est officiellement supprimé qu’en 1949 et de nombreuses familles ouvrières de La Seyne n’ont jamais eu les moyens de partir en vacances. Pour beaucoup d’enfants, la colonie représente une découverte extraordinaire : prendre le train ou l’autocar, quitter le bord de mer pour la montagne, voir des paysages inconnus et vivre plusieurs semaines loin du foyer familial.
Mais les archives conservent également une anecdote révélatrice du contexte de l’époque. Dans certains villages d’accueil, les jeunes Seynois sont parfois observés avec curiosité, voire méfiance. Issus d’une ville ouvrière alors fortement marquée à gauche, ils sont décrits par certains habitants comme étant « aussi rouges que laïcs ». Une formule qui est restée, illustrant autant les clivages politiques de l’après-guerre que le regard porté sur ces enfants venus du littoral varois.
Ruée sur les photos en ligne
L’exposition consacrée aux colonies de vacances seynoises ne suscite pas seulement l’intérêt des visiteurs de la Maison du patrimoine. Les quelque 7 000 photographies d’archives numérisées sont également accessibles en ligne sur le site des archives municipales. Depuis le lancement de l’exposition, plus de 600 internautes par jour se connectent pour tenter de retrouver un visage familier, un camarade ou un souvenir d’enfance. Un succès qui a toutefois entraîné quelques difficultés techniques et provoqué des ralentissements, voire des interruptions temporaires du service. Les techniciens travaillent à rétablir un fonctionnement optimal de la plateforme. Les personnes ne parvenant pas à consulter les photographies sont invitées à renouveler leur visite ultérieurement. Preuve, s’il en fallait une, que ces clichés conservés depuis plusieurs décennies continuent de faire vivre la mémoire collective de générations de Seynois.



