1784 : la tragique ascension d'une montgolfière à Agen
1784 : la tragique ascension d'une montgolfière à Agen

En août 2019, les journaux, les magazines et la plupart des médias célébraient le cinquantième anniversaire des premiers pas de l'homme sur la lune (21 juillet 1969). En revanche, nul n'a songé à célébrer, même dans la presse lot-et-garonnaise, le téméraire envol vers les cieux d'une montgolfière, en mai 1784. On aurait pourtant pu le faire à l'occasion de la somptueuse exposition Goya qui s'est tenue, à l'époque, dans l'église des Jacobins, à Agen.

Parmi les toiles exposées, on pouvait en effet admirer un tableau intitulé « Le ballon ou l'ascension d'une montgolfière », qui fait partie de la collection permanente du musée des Beaux-Arts d'Agen. L'œuvre est datée des années 1812-1816, mais la vogue des montgolfières a commencé au dernier quart du XVIIIe siècle. Très exactement le 4 juin 1783, jour où les frères Montgolfier firent s'élever dans les airs un aérostat gonflé à l'air chaud. La scène se passait à Versailles devant le roi Louis XVI en personne et toute la cour réunie. Ce premier lancement fut un échec, mais une deuxième expérience quelques jours plus tard, fut couronnée de succès.

Comme les oiseaux

À la même époque (1776), Agen voyait éclore en son sein une Académie intitulée Société libre des sciences, arts et belles-lettres qui réunit tout ce que la ville comptait alors de savants et d'intellectuels. Au cours de leurs séances, la matière grise bouillonne. Dissertant de philosophie, de politique, d'agriculture ou de musique, cette Pléiade ne cesse de tresser des louanges au « Progrès ».

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La réalisation du vieux rêve de l'humanité - voler dans les airs, comme les oiseaux -, ne pouvait que susciter leur enthousiasme. Aussi décident-ils à leur tour de tenter l'expérience et de lancer une montgolfière depuis l'esplanade du Gravier, à Agen.

Une souscription est organisée pour l'achat de la toile et pour confectionner l'engin volant. L'événement est largement médiatisé, comme on dirait aujourd'hui : le 14 mai 1784, le tout Agen scientifique, mais aussi une foule de curieux se sont rendus sur les rives de la Garonne pour assister à l'événement. Un ouvrier a été embauché : c'est lui qui doit notamment exécuter la manœuvre délicate de la mise à feu.

« Funeste accident »

Et là, c'est le désastre. La montgolfière explose, tuant le pauvre artificier, victime involontaire de la noble cause du progrès.

On ne connaît guère la cause exacte de ce fiasco : peut-être des circonstances atmosphériques défavorables ? Y eut-il légèreté et imprudence de la part de ces jeunes académiciens ?…

Le registre de l'Académie se contente de relater sobrement la catastrophe en mentionnant « l'expérience aérostatique au cours de laquelle un malheureux ouvrier a été tué ».

Le secrétaire déplore le « funeste accident », mais se garde de tout mea culpa : la cause du progrès mérite bien quelques sacrifices. Lors de la séance suivante, ces messieurs réunis, animés d'un élan de « charité et d'humanité » que chacun appréciera, décident à l'unanimité que ce qui restait de la toile de l'aérostat serait vendu « au profit de la veuve et des enfants du malheureux ouvrier ». Notons que deux siècles et demi après la fondation existe toujours sous le nom de Société des sciences, lettres et arts, ou tout simplement Société académique d'Agen.

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