L'Opéra de Nice accueille ce week-end 150 enfants d'écoles et collèges des quartiers Est pour un spectacle unique. Samedi 20 et dimanche 21 juin, ces jeunes monteront sur scène pour raconter leur quotidien, rythmé par les règlements de comptes, l'espoir… et le foot.
Une scène transformée en rue de quartier
Pour l'occasion, la scène de l'opéra a été transformée en rue d'un quartier populaire. L'intrigue se déroule sur un stade de foot, devant un bâtiment. Sur fond de guerre des gangs dans la cité du Val des Fées, les 150 écoliers et collégiens, dont la majorité est scolarisée dans les quartiers Est, vont s'affronter sur les planches. Scènes de danse, partie de foot chorégraphiée avec l'OGC Nice et les danseurs de la compagnie Hervé Koubi, et chants engagés racontent leurs jeunes vies déjà confrontées à des scènes dramatiques, donnent la parole aux filles du quartier – bien décidées à s'imposer –, avant de terminer sur une scène d'union, célébrant la paix retrouvée.
Deux ans de répétitions
Ce spectacle est le fruit de deux ans de répétition, pendant lesquels les enfants se sont entraînés quotidiennement, notamment avec leurs enseignants. Le rendu est époustouflant et les écoliers sont unanimes : ils ont adoré l'expérience.
Co-écriture du texte avec les enfants
Magali Thomas, metteure en scène et librettiste, est issue d'un quartier populaire de Cannes. Elle s'est découvert une passion pour le théâtre et la musique à la suite d'un projet éducatif. Avec Sergio Monterisi, ils montent des opéras participatifs avec les jeunes des quartiers prioritaires depuis plus de dix ans. Cette fois, nouveauté : ils ont participé à la rédaction du texte.
« Les enfants nous racontent leur quotidien en sortie d'ateliers. Les parents sans papiers, ça tire en bas de chez eux… j'ai donc décidé de leur donner la parole. On ne changera pas le monde mais, pour un temps, on transforme le leur en les rendant acteur de leur propre histoire », raconte Magali Thomas.
Un engagement personnel
La metteure en scène est née à Cannes. Elle a étudié au conservatoire national supérieur de Paris, avant d'intégrer le Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine. « J'ai découvert ce monde par hasard. Un opéra se montait à Cannes et l'équipe a décidé d'associer les écoliers des quartiers prioritaires. Pour moi, ça a été une révélation », sourit-elle. Quand elle a voulu transmettre et enseigner, elle s'est naturellement tournée vers un projet similaire.
Des aspirations professionnelles qui se créent
Sur scène, les enfants se sont tous appropriés leur rôle à leur façon. Les personnages principaux sont interprétés par des élèves des écoles de musique de la région mais, pour les autres, cette expérience est une découverte. « J'avais très peur mais en fait, j'aime beaucoup. J'ai hâte de recommencer l'an prochain », glisse une petite fille. Magali Thomas se souvient même d'un enfant qui, après avoir joué dans un opéra participatif, a décidé de rejoindre une école de costumes.
Adaptation aux envies des jeunes
Pour intéresser les écoliers, Magali Thomas et Sergio Monterisi, le chef d'orchestre, se sont adaptés aux envies des jeunes. Certains ont une grande sensibilité sportive, ils ont donc inséré un match de foot dans l'opéra. « Certains ont des facilités en chant, d'autres préfèrent le théâtre, d'autres encore c'est le sport… c'est pour ça qu'on a pensé un match de foot dans l'opéra », indique-t-elle.
Sur les planches, la metteure en scène change de visage. Elle est directive, mène les 150 enfants avec rigueur mais sait aussi les encourager. « J'ai grand espoir dans leur potentiel », résume-t-elle.
Une expérience unique
Après plus d'un an et demi de répétition, certains enfants se dévoilent quatre jours avant la représentation. La première répétition est prometteuse : toutes et tous se donnent à fond. Mardi, quatre jours avant la première représentation, quelques jeunes se révèlent. Jusqu'alors introvertis, ils se placent d'eux-mêmes sur scène, chantent et dansent.
« Vivre ce moment est une expérience unique : tout le personnel de l'opéra est avec nous, les jeunes vont découvrir l'orchestre… Et la scène leur permet de s'ouvrir. Alors qu'on est face à une génération qui a du mal à exprimer ses émotions », sourit Magali Thomas. Génération qu'on entend pourtant chanter, à plein poumons : « Ma France, c'est l'espérance ».
Infos pratiques
Un monde ensemble, les 20 et 21 juin, à l'opéra de Nice. Les deux représentations sont prévues à 15 heures et durent une heure sans entracte. Tarifs : de 5 à 20 euros. Plus d'infos : opera-nice.org/agenda.



