Eurovision 2025 : le duo finlandais autorisé à jouer du violon en live, une première depuis 1998
Eurovision : le duo finlandais jouera du violon en live

De notre envoyé spécial à Vienne (Autriche). Ces derniers jours, dans les coulisses de l'Eurovision, Linda Lampenius et Pete Parkkonen font beaucoup parler d'eux. Et pas seulement parce qu'ils figurent parmi les grands favoris aux yeux des bookmakers. Le duo finlandais a été autorisé mercredi, par les organisateurs, à jouer en live du violon lors de la première demi-finale de mardi et de la finale du 16 mai. Depuis près de trente ans, en effet, aucun instrument ne peut être joué en direct sur la scène de l'Eurovision.

Pour la violoniste Linda Lampenius, 56 ans, dont le nom est bien connu dans le monde de la musique classique, c'est une joie et un soulagement. Mais d'autres estiment que l'exception accordée aux Finlandais relève de l'injustice. Les organisateurs, sans doute dans un esprit d'apaisement, ont assuré jeudi dans un communiqué qu'ils étudieraient les éventuelles demandes similaires exprimées par les différentes délégations.

Quoi qu'il en soit, Linda Lampenius et Pete Parkkonen, 36 ans, gardent le sourire et restent concentrés, comme nous avons pu le constater en les rencontrant à leur hôtel jeudi. Leur chanson Liekinheitin (« Lance-flammes ») raconte le désarroi et la passion d'un homme amoureux d'une femme qui prend ses distances et souffle le chaud et le froid.

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Un dialogue entre violon et voix

Linda, être autorisée à jouer du violon en live est, j'imagine, un soulagement ?
Oui, c'est un soulagement, une joie et un grand honneur. La dernière fois qu'un instrument a eu l'autorisation d'être joué en live, c'était en 1998. Cela faisait plusieurs semaines qu'on avait demandé à l'organisation de l'Eurovision la permission de jouer du violon en direct, parce que la chanson a été écrite comme un duo entre un violon et une voix. Ce sont deux voix, qui racontent une histoire différemment.

C'est un dialogue…
Linda : Oui, c'est ça !
Pete : Ça change tout. Avec le violon en live, le dialogue peut vraiment avoir lieu. Notre ressenti à nous est décuplé, alors il le sera aussi pour le public qui, devant sa télévision, comprendra le message que l'on veut faire passer.
Linda : Et si, par exemple, Pete commence la chanson plus doucement, en live, je pourrai m'adapter et jouer plus doucement ma réponse. Si la deuxième phrase est un peu plus intense, je mettrai un peu plus de vibrato dans mon jeu. Donc ça ne sonnera pas comme la bande enregistrée, même si c'est moi qui ai joué en studio. Ce sera ma réaction spontanée.

Une exception controversée

L'exception qui vous a été accordée a suscité des réactions variées entre ceux qui se réjouissent pour vous et ceux qui trouvent cela injuste pour les autres artistes en lice, notamment ceux pour lesquels les instruments tiennent une grande place dans leur chanson. Qu'en pensez-vous ?
Linda : Tout le monde devrait avoir ce droit.
Pete : Exactement.
Linda : Et tout le monde aurait pu faire la même démarche que nous et demander à jouer en live. Je pense que tout le monde devrait y être autorisé et qu'à partir de maintenant tous les artistes devraient avoir la possibilité de jouer en live. Si l'instrument représente une partie importante de la chanson, et pas un simple accompagnement, comme dans le cas de la chanteuse australienne Delta Goodrem qui joue un passage au piano, que l'on entend vraiment, pourquoi ne serait-ce pas autorisé ? Je ne comprends pas.

L'interdiction est surtout due à des questions techniques car il faut que les chansons puissent s'enchaîner sur scène en quelques secondes…
Pete : Oui, j'imagine que c'est compliqué dans le cas d'un groupe. Mais, comme on disait, on a demandé si l'autorisation pouvait nous être donnée. On pensait que ça ne serait pas possible du tout, mais on voulait au moins faire la démarche.
Linda : J'aurais aimé que d'autres artistes en fassent de même, ce qui nous aurait évité d'être dans cette situation. Parce que nous ne faisons pas cela pour que cela porte préjudice aux autres.

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Favoris, mais sans pression

Vous êtes les grands favoris pour la victoire, ça vous met la pression ou ça vous booste ?
Ensemble : Ça nous booste !
Pete : Tout le soutien que nous recevons est incroyable et ça nous motive à faire en sorte que tout soit parfait. Quand on chante cette chanson, les gens nous écoutent, apprécient, nous remercient et nous donnent tellement en retour !
Linda : Pour la petite histoire, j'ai apporté deux violons à Vienne. Comme j'ai été autorisée à jouer en live, je jouerai avec mon vieux Galliano de 1781. Donc là, sur la scène, je vais devoir courir, en talons hauts, avec cet instrument dans les mains, ça m'effraie un peu (elle rit). Mais mon violon est ma voix alors j'ai besoin de mon vieux Galliano. Si j'avais dû me contenter de jouer en playback, je n'aurais pas pris ce risque et j'aurais joué avec une copie d'un Guarneri.

Chanter en finnois, un choix assumé

Votre chanson est en finnois. C'est important pour vous de chanter dans votre langue ?
Pete : Très important. Il est plus facile de parler de vos sentiments, notamment amoureux, dans votre langue natale. On a envisagé d'ajouter des passages dans d'autres langues mais on a rapidement abandonné l'idée. On se dit que même quelqu'un qui ne comprend pas la langue peut ressentir la chanson et son message.
Linda : C'est comme la chanson de Monroe [qui représente la France avec Regarde !]. En anglais, elle ne serait pas si bonne. Elle devait être en français.

Vous avez d'ailleurs rencontré Monroe, que pensez-vous d'elle ?
Linda : Elle est absolument fantastique. J'ai étudié à l'Académie Sibelius, à Helsinki, et tous les chanteurs d'opéra qui y ont commencé leurs études sont arrivés à 19 ou 20 ans. De voir comment Monroe est capable de chanter, si jeune, à 17 ans, est impressionnant.

Avant la performance : concentration et papillons

Imaginez-vous le soir de la finale, quelques secondes avant le début de votre prestation sur la scène de l'Eurovision… Quelle pensée ou image aurez-vous à l'esprit ?
Pete : Je pense que je serai concentré sur ma respiration. Après la deuxième répétition mercredi, notre chorégraphe Reija Wäre m'a donné un conseil : « Laisse les gens te voir ».
Linda : Comme je commence debout sur une chaise, en talons, avec mon violon, je vais devoir rester le plus ancrée possible. Je pense que le public fera du bruit, nous encouragera et, comme toujours avant une performance, j'aurai des papillons dans le ventre, qui vont me chatouiller tout le corps. Mon vibrato va probablement être très rapide (elle rit). Ça va être tellement cool, j'ai hâte !